Laurent Saint-Cyr cible le FNE, la Douane et l’APN, mais épargne le MEF, où Alfred Fils Metellus a dilapidé des milliards avec des “passés-outres”
3 min readDe retour de Washington ce dimanche 28 septembre 2025, Laurent Saint-Cyr a lancé un appel public à l’audit des trois dernières directions générales récemment changées : le Fonds national de l’éducation (FNE), la Douane et l’Autorité portuaire nationale (APN).
Une initiative qui, en apparence, vise à renforcer la reddition de comptes et la transparence dans la gestion des ressources fiscales de l’État.
Cependant, cette démarche soulève une interrogation fondamentale : pourquoi le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) est-il absent de cette liste, alors qu’il constitue le cœur même du système de décaissement et de contrôle des fonds publics ?
Le rôle central du MEF dans la gestion des deniers publics
Le ministère des Finances ne se limite pas à un simple rôle administratif. Il est l’organe pivot de la machine étatique.
Validation des dépenses : chaque décaissement doit passer par ses contrôleurs financiers et ses comptables publics.
Trésor public : c’est par ce canal que transitent toutes les taxes collectées auprès de la population.
Signature finale : sans l’aval du MEF, aucune opération financière de l’État n’est censée être exécutée.
Ainsi, exiger un audit des institutions périphériques comme le FNE, la Douane et l’APN, tout en taisant le rôle du MEF, équivaut à ignorer l’organe qui détient la clé du coffre.
Les “passés-outres” : mécanisme d’opacité
Selon plusieurs sources administratives, des milliards de gourdes ont été décaissés du Trésor public sous la direction du ministre Alfred Fils Metellus. Ces décaissements, qualifiés de “passés-outres”, sont considérés comme illégaux :
Ils permettent de contourner les procédures budgétaires classiques.
Ils ouvrent la voie à des dépenses discrétionnaires, souvent au profit des proches du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et de certains membres du Conseil présidentiel de transition (CPT).
Trois membres de ce même CPT — Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérald Gilles — figurent d’ailleurs parmi les inculpés dans des dossiers financiers en cours.
Ce système parallèle met en évidence une culture d’opacité institutionnalisée, où les contrôles internes sont contournés au profit d’intérêts politiques et privés.
Un audit à géométrie variable ?
La question est donc simple :
peut-on vraiment parler de transparence si le principal gestionnaire des fonds publics, le MEF, échappe à l’examen ?
En exigeant uniquement l’audit des directions visibles (Douane, FNE, APN), Laurent Saint-Cyr cible les vitrines.
En omettant le MEF, il évite de pointer l’endroit où les décisions de décaissements sont réellement prises.
Cette omission nourrit les soupçons d’une stratégie politique visant à canaliser l’attention de la population vers des boucs émissaires, tout en protégeant le noyau dur du système financier étatique.
La vraie reddition de comptes…
Un véritable audit devrait :
Remonter jusqu’au MEF, pour examiner les “passés-outres” et les décaissements irréguliers.
Mettre en lumière la chaîne de responsabilité, depuis les ordonnateurs de dépenses jusqu’aux bénéficiaires finaux.
Publier des rapports détaillés accessibles à la population, afin que la reddition de comptes cesse d’être un slogan politique pour devenir une réalité.
Sans cela, l’appel de Laurent Saint-Cyr risque de n’être qu’une manœuvre de façade, détournant l’attention des citoyens des véritables centres de décision et de corruption.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
