Libération de Nenel Cassy : une gifle humiliante pour la justice, la police et les enquêteurs américains et canadiens
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La libération inattendue de l’ancien sénateur Nenel Cassy, malgré de lourdes accusations de corruption, d’assassinats et de liens avec des réseaux criminels, constitue un affront majeur à la justice haïtienne, à la Police nationale d’Haïti (PNH), ainsi qu’aux autorités américaines et canadiennes. Ces dernières l’avaient sanctionné après des enquêtes sérieuses. Ce geste unilatéral remet en cause les efforts conjoints de lutte contre l’impunité et les crimes transnationaux.
Selon plusieurs sources, cette décision aurait été imposée en dehors du cadre formel du Conseil présidentiel de transition (CPT), par Alix Didier Fils-Aimé, avec la complicité du ministre de la Justice Patrick Pélissier et de l’ex-commissaire du gouvernement Frantz Monclair. Laurent Saint-Cyr, président du CPT, aurait été mis devant le fait accompli. Le manque de transparence et la division au sein de l’exécutif montrent l’ampleur des tensions internes et le déficit d’autorité à la tête de l’État.
Du côté international, cette libération est perçue comme une trahison des engagements pris par les autorités de transition. Elle jette un froid sur la coopération avec les partenaires étrangers, notamment les États-Unis et le Canada, qui s’attendaient à une rupture avec les pratiques opaques du passé. Au lieu de renforcer la crédibilité de la transition, cet acte symbolise un retour aux logiques de protection politique et d’ingérence dans les affaires judiciaires.
Sur le plan interne, cette affaire ne fait qu’aggraver la méfiance d’une population déjà désabusée. Alors que les gangs étendent leur emprise et que l’insécurité paralyse le pays, le pouvoir en place semble prioriser la protection de ses alliés au détriment de la justice et de la sécurité publique. La PNH, affaiblie, et la justice, instrumentalisée, peinent à jouer leur rôle dans un climat d’impunité grandissante.
En fin de compte, la libération de Nenel Cassy symbolise l’échec du CPT à incarner une réelle transition. En lieu et place d’un changement, le pays assiste à une continuité des manœuvres politiques les plus cyniques. Cette affaire est bien plus qu’un scandale : elle est une gifle humiliante infligée à toutes les institutions qui tentent encore de défendre l’État de droit en Haïti.
Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média d’investigation spécialisé dans la lutte contre la corruption en Haïti, l’impunité, la mauvaise gouvernance et les abus de pouvoir. Journaliste anticorruption engagé, il mène des enquêtes sur les scandales financiers et les réseaux d’influence au cœur de l’État haïtien.
