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Nommé sous pression politique, le consul Stephen Junior Cherenfant révoqué pour avoir refusé d’obéir à son parrain corrupteur Emmanuel Vertilaire

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La diplomatie haïtienne continue de sombrer sous le poids des interférences politiques, des pressions personnelles et des pratiques prédatrices imposées par certains acteurs du pouvoir.

Le cas du consul général a.i. d’Haïti à Santiago, Stephen Junior Cherenfant, en est une illustration brutale et révélatrice.

Capture d’écran de la note explicative publiée le 22 décembre 2025 par Le consul général a.i. d’Haïti à Santiago, Stephen Junior Cherenfant. 1/3

Une nomination sous pression politique directe

Selon des informations concordantes, Stephen Junior Cherenfant n’a pas été nommé sur la base d’un processus institutionnel normal, mais sous la pression directe du conseiller-président Emmanuel Vertilaire, qui l’aurait personnellement imposé à ce poste stratégique.

Installé le 26 septembre 2025, le diplomate a été révoqué le 22 décembre 2025, non pour faute professionnelle, mais pour avoir refusé d’utiliser les fonds publics du consulat à des fins privées, au bénéfice direct de la famille du conseiller-président qui l’avait fait nommer.

Quand le parrainage politique impose la corruption

Dans une note officielle adressée au Ministère des Affaires Étrangères, le consul Cherenfant affirme avoir agi dans le strict respect des règles de gestion des finances publiques, des normes diplomatiques et des principes élémentaires de bonne gouvernance.

Les faits rapportés sont particulièrement graves :Le 15 décembre 2025, Emmanuel Vertilaire aurait informé le consul de l’arrivée imminente de membres de sa famille à la frontière haïtiano-dominicaine ;

Il aurait exigé une prise en charge complète, en dépit de l’absence de documents migratoires réguliers (sauf-conduit et passeport diplomatique matériellement indisponible) ;

Le consul aurait été contraint de se rendre à Dajabón, suspendant ses fonctions diplomatiques, pour tenter de résoudre une situation strictement privée ;

Face à l’impossibilité de finaliser les formalités le jour même, il affirme avoir payé personnellement les frais d’hébergement, refusant d’engager les fonds de l’État.

Refuser l’abus, payer le prix

Une fois arrivés à Santiago, les exigences auraient pris un caractère ouvertement abusif :

Demande de location de quatre chambres dans un hôtel de catégorie Marriott ;

Utilisation directe des fonds du consulat pour des dépenses personnelles et du magasinage ;

Mobilisation prolongée des ressources diplomatiques à des fins strictement familiales.

Face à ces dérives manifestes, le consul a opposé un refus catégorique, invoquant la loi, l’éthique et les règles de la fonction publique.

Conséquence immédiate : rappel exigé, révocation exécutée.

Un système, pas un cas isolé

L’affaire Cherenfant révèle une réalité profondément enracinée :

En Haïti, être nommé par un acteur politique signifie trop souvent être placé sous obligation de détourner les ressources de l’État.Refuser, c’est être écarté, sanctionné, sacrifié.

La diplomatie haïtienne, au lieu de servir l’intérêt national, est instrumentalisée comme un outil de confort personnel et familial, au mépris :

des lois financières,

des règles diplomatiques,

et de la crédibilité internationale du pays.

Silence institutionnel et soupçon de complicité

À ce jour :

le Ministère des Affaires Étrangères n’a publié aucune clarification officielle ;

Emmanuel Vertilaire n’a opposé aucun démenti, alors même qu’il est déjà inculpé pour corruption dans le dossier de la Banque nationale de crédit (BNC).

Ce silence n’est pas neutre.

Il alimente une conclusion inquiétante : l’abus et l’impunité sont désormais normalisés au sommet de l’État.

La diplomatie haïtienne prise en otage

L’affaire Cherenfant met à nu une vérité dérangeante :les hauts fonctionnaires haïtiens sont placés devant un choix brutal piller ou perdre leur poste.

Tant que les nominations politiques serviront de licences pour piller,tant que les institutions couvriront ces dérives, l’administration publique restera discréditée et l’État, capturé.

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