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Pacte déjà trahi : Fils-Aimé joue avec le BMPAD pour consolider son pouvoir

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La promesse d’une gouvernance apaisée issue du « Pacte national pour la stabilisation et l’organisation des élections » semble déjà voler en éclats. À peine quelques semaines après sa signature, les pratiques politiques au sommet de l’État rappellent davantage les logiques de calcul et de rapports de force que celles d’un consensus durable. Au centre des tensions : le Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), devenu un nouvel enjeu de pouvoir, a-t-on appris ce vendredi 20 mars 2026.

Le Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, apparaît aujourd’hui engagé dans une stratégie jugée par certains comme opportuniste et contradictoire. Alors qu’il aurait initialement promis la direction du BMPAD au Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), il multiplierait désormais les discussions avec d’autres structures politiques. Ce revirement, loin d’être anodin, alimente un climat de méfiance et renforce l’idée d’une gouvernance marquée par l’instabilité et l’absence de ligne claire.

Photo du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

Cette situation met en lumière une pratique politique persistante en Haïti : celle des promesses non tenues et des arrangements de coulisses. Le BMPAD, institution stratégique, semble ainsi utilisé comme une monnaie d’échange dans un jeu d’équilibres fragiles, au détriment des principes de transparence et de mérite. Une telle approche soulève des interrogations sur les véritables priorités du pouvoir en place : s’agit-il de renforcer les institutions ou simplement de consolider des alliances politiques temporaires ?

Du côté du RDNP, la frustration est palpable. Le parti, qui s’était positionné en faveur de Wagner Édouard pour diriger l’institution, perçoit ce changement de cap comme un désaveu. Mais au-delà de ce cas précis, c’est toute la crédibilité des engagements politiques qui est mise à mal. Comment instaurer la confiance dans un contexte où les accords semblent aussi fragiles et réversibles ?

Plus largement, ces manœuvres traduisent une gouvernance en tension permanente, où les luttes d’influence prennent le pas sur l’intérêt général. Alors que le pays fait face à des défis majeurs, insécurité, crise économique, instabilité institutionnelle, ces querelles internes donnent l’impression d’un pouvoir davantage préoccupé par la répartition des postes que par la résolution des problèmes urgents.

En définitive, loin de marquer une rupture avec les anciennes pratiques, cette nouvelle séquence politique semble confirmer leur continuité. Le « pacte » tant vanté apparaît déjà affaibli, sinon vidé de sa substance. Et une question demeure : combien de temps encore les institutions haïtiennes pourront-elles résister à ces jeux de pouvoir répétés, sans en payer un prix encore plus lourd ?

Léandro S Léonard

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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