Plus de 400 chèques d’enseignants volatilisés en Artibonite, un scandale de salaires fantômes au MENFP
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Un grave dysfonctionnement administratif, aux allures de scandale financier, éclabousse le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP). En Artibonite, plus de 400 chèques de salaire destinés à des enseignants auraient disparu, sans jamais parvenir à leurs bénéficiaires. La situation, révélée par le Regroupement des enseignants pour la défense et la réforme du système éducatif haïtien (REDRESEH), met en cause la gestion interne du ministère et relance le débat sur la transparence dans l’administration publique, a-t-on appris ce samedi 13 décembre 2025.
Dans une correspondance officielle adressée au ministre Antoine Augustin, le REDRESEH dénonce des irrégularités graves dans le traitement du payroll de novembre 2021. Selon l’organisation, des centaines de chèques auraient été émis sans être distribués, tandis que d’autres se seraient tout simplement volatilisés au cours du processus administratif. À ce jour, aucune explication claire n’a été fournie aux enseignants concernés, laissés dans l’incertitude et privés de leur rémunération légitime.
Pour le regroupement syndical, cette affaire révèle une rupture inacceptable de la chaîne de gestion des paiements, depuis l’élaboration des états de paie jusqu’à la remise finale des chèques. Une telle défaillance ne peut être assimilée à une simple erreur technique. Elle soulève la question de la responsabilité des différents services impliqués et laisse planer des soupçons sérieux de négligence grave, voire de détournement de fonds publics.
Au-delà du préjudice financier immédiat, ce dossier met en lumière une crise de gouvernance au sein du MENFP. La disparition de documents financiers aussi sensibles pose la question de la traçabilité, du contrôle interne et du respect des règles élémentaires de gestion des deniers publics. Pour de nombreux observateurs, l’État semble une nouvelle fois incapable de garantir les droits les plus fondamentaux de ses agents, en particulier ceux des enseignants, déjà fragilisés par des conditions de travail précaires.
Face à ce qu’il qualifie de scandale, le REDRESEH exige l’ouverture immédiate d’une enquête administrative indépendante, la reconstitution complète du circuit de paiement du mois concerné et l’identification des responsables, quels que soient leur rang ou leur fonction. Dans un contexte où la confiance envers les institutions publiques est profondément érodée, la réponse du MENFP sera déterminante : elle dira si l’État entend assumer ses responsabilités ou s’il laissera, une fois de plus, s’installer l’impunité.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
