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Rapport de la DCPJ : Édouard Baussan cité pour trafic d’armes, Gérald Remplais nommé sous son influence malgré un mandat d’amener

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Un rapport de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) évoque un vaste réseau d’armes au profit des gangs.

Le rapport de la DCPJ, signé par le commissaire Rodrigue Pierre, cite Jean Édouard Baussan comme figurant au centre présumé d’un réseau de trafic d’armes alimentant plusieurs gangs armés en Haïti. Selon ce document, il agirait en complicité avec Dumond Franck Aby Larco, trafiquant d’armes condamné par la justice haïtienne.

Capture d’écran d’une page du rapport de la Direction centrale de la police judiciaire mentionnant Jean Édouard Baussan.

Aby Larco a été arrêté le 24 décembre 2019, puis condamné à quatre ans de prison par le juge Benjamin Félismé. Dans le cadre de cette affaire, la DCPJ avait également requis un mandat d’amener contre Édouard Baussan, une situation qui l’aurait opposé au président Jovenel Moïse.

Mandat abandonné après l’assassinat de Jovenel Moïse

Selon plusieurs sources concordantes, le mandat visant Baussan a été suspendu après l’assassinat du président Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021. Le dossier aurait ensuite été classé sans suite, sans qu’aucune explication officielle n’ait été rendue publique.

Malgré cela, le nom de Baussan n’a jamais totalement disparu du radar judiciaire. Il aurait été auditionné le 15 juin 2023 dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse par les autorités, sans qu’aucune charge formelle n’ait été annoncée à ce jour.

Ports publics, soupçons de blanchiment et silence des autorités

D’après les informations recueillies, Édouard Baussan exercerait toujours une influence sur certains ports publics, qui seraient utilisés à des fins illicites. Ces infrastructures portuaires constitueraient des nœuds stratégiques pour l’importation clandestine d’armes et de munitions, alimentant l’insécurité nationale.

Le port de Port-au-Prince

Malgré le fait qu’il ait été construit par l’État haïtien, Édouard Baussan aurait transformé le port de Port-au-Prince en bien privé et financerait des terroristes ainsi que des politiciens corrompus pour empêcher les concurrents et maintenir le monopole, selon plusieurs sources policières qui préfèrent maintenir l’anonymat face à la puissance de M. Édouard Baussan.

À travers le directeur de l’APN, Jocelin Villier, nommé également avec sa permission, il aurait signé un nouveau contrat avec l’APN jusqu’en 2059 pour que son entreprise privée, CPS, présidée par Philippe Coles, gère le port à la place de l’État haïtien.

Il faut rappeler que la CPS facture jusqu’à 1 000 dollars américains par conteneur et ne paie que 15 dollars américains à l’État haïtien, dans un pays qui vit de l’importation d’environ 100 000 conteneurs par an.

Cela signifie que, si Édouard Baussan encaisse 100 millions de dollars américains par an, il ne versera que 1,5 million de dollars à l’État haïtien.

Parallèlement, des soupçons persistants pèsent sur la banque UNIBANK, où il occupait le poste de premier vice-président du conseil d’administration (premier vice-chairman), qui serait, selon certaines sources sécuritaires, soupçonnée de jouer un rôle dans des circuits de blanchiment de fonds liés à des activités criminelles.

Aucune communication officielle n’a cependant confirmé à ce jour l’existence d’une enquête judiciaire ouverte contre cette institution financière.

2025 : soupçons de financement politique aux Douanes

Un nouvel élément vient aggraver le dossier. En septembre 2025, Édouard Baussan aurait, selon des sources internes au sein du Conseil présidentiel de transition, financé de manière occulte la nomination du directeur général des Douanes, Gérald Remplais. Des versements auraient été opérés auprès de certains conseillers-présidents, Louis Gérald Gilles, Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, Leslie Voltaire et Anthony Franck Laurent Saint-Cyr, pour influencer cette décision stratégique.

Une photo de profil Facebook de Gérald Remplais, prise le 18 juillet 2018.

Alors que Gérald Remplais faisait déjà l’objet d’un mandat d’amener dans un dossier de trafic d’armes au moment de sa nomination à la tête de l’Administration générale des Douanes, il a néanmoins été installé sans obstacle à ce poste stratégique le 22 septembre 2025, malgré les alertes de la société civile.

Le mandat pour corruption, trafic d’armes et blanchiment d’argent visant Gérald Remplais, émis par la Cour d’appel le 18 août 2025, existait avant son installation à la tête de l’AGD le 22 septembre 2025.

Cette situation constitue une illustration brutale de l’impunité institutionnalisée en Haïti, où des soupçons aussi graves n’empêchent ni les promotions, ni l’accès aux fonctions les plus sensibles de l’État.

Dans un pays submergé par la violence armée, chaque piste liée à l’importation illégale d’armes relève de l’urgence nationale.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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