Rosemila Petit-Frère, la fausse malade d’un système judiciaire malade
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Victime d’un prétendu malaise en pleine audition à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), l’ex-maire Rosemila Petit-Frère a obtenu l’autorisation exceptionnelle de quitter le pays pour se faire soigner. Officiellement, cette décision du commissaire du gouvernement Fritz Patterson Dorval aurait été prise « par humanité ».
Mais pour beaucoup, cette « humanité » n’est qu’un masque hypocrite, une manière élégante d’accorder un traitement de faveur à une accusée au centre d’un dossier explosif de trafic d’armes et de collusion avec des groupes armés. En effet, selon Myrthil Macelin, dit Arab, Rosemila Petit-Frère avait remis quatre armes de gros calibre à Jeff Gwo Lwa, chef terroriste de Canaan, alors que son groupe n’en était qu’à ses débuts. Ces révélations graves jettent une lumière crue sur l’implication de l’ex-maire dans l’armement de réseaux criminels responsables de massacres et de terreur dans la région métropolitaine. Pourtant, malgré ces révélations, la justice se montre étonnamment bienveillante envers celle qui a contribué à nourrir la violence qu’elle prétend combattre.
Le malaise de Rosemila au tribunal soulève de lourds soupçons. Il est survenu précisément pendant son audition, alors que les enquêteurs s’apprêtaient à la confronter à des éléments de preuve accablants, notamment un enregistrement vocal la liant directement à la remise d’armes de guerre audit chef terroriste. Cette coïncidence troublante donne l’impression d’une mise en scène savamment orchestrée pour échapper à la justice. Et le résultat est là : au lieu de répondre de ses actes, Rosemila s’envolera vers l’étranger, libre, sous prétexte de soins médicaux.
Mais pendant qu’une accusée politique obtient une telle clémence, des centaines d’Haïtiens malades, affamés et abandonnés dans les prisons du pays meurent sans soins, sans jugement, sans même un regard. Des détenus anonymes, parfois innocents, croupissent dans des conditions inhumaines sans qu’aucun commissaire ne plaide « l’humanité » pour eux. Cette injustice révoltante dévoile le visage d’un système judiciaire profondément malade : impitoyable envers les faibles, mais complaisant envers les puissants. Quand les pauvres meurent en silence derrière les barreaux, la justice reste sourde. Mais qu’une politicienne s’évanouisse, et soudain, la République retrouve un cœur. Voilà le symbole le plus cruel d’un pays où la justice ne soigne que ceux qu’elle devrait condamner.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
