Sunrise touché au sol : et si ce n’était qu’un écran de fumée signé Philippe Bayard pour faire oublier son implication présumée dans l’attaque armée de l’aéroport Toussaint Louverture ?
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Un avion de Sunrise Airways, prêt à décoller pour Les Cayes, a été touché par des tirs alors qu’il se trouvait encore au sol à l’aéroport Guy Malary, ce dimanche 23 novembre 2025.

Photo d’impact de projectiles
L’information, rapidement relayée sur les réseaux sociaux, survient dans un contexte où la sécurité aéroportuaire demeure chaotique et où Sunrise contrôle quasiment l’intégralité du transport aérien interne, exploitant de fait l’espace aérien haïtien comme un patrimoine privé.

Photo de l’avion de Sunrise partagée sur les réseaux sociaux, présenté comme ayant été atteint de projectiles ce 23 novembre.
La compagnie a aussitôt annoncé la suspension de tous ses vols, arrivées et départs confondus, évoquant des « évaluations techniques » et des « vérifications de sécurité ».
Les passagers sont redirigés vers des reports, crédits ou remboursements.
Mais la rapidité de cette suspension totale, sans aucune donnée précise, soulève de lourds soupçons.
L’incident éclate alors que Satellite509 remet en lumière l’attaque armée du 11 novembre 2024 à l’aéroport Toussaint Louverture, où une hôtesse de Spirit Airlines avait été blessée — un événement qui avait entraîné l’annulation des vols de toutes les compagnies aériennes opérant en Haïti, sauf Sunrise Airways. Une attaque dans laquelle le nom du PDG Philippe Bayard avait été pointé du doigt, soupçonné d’avoir orchestré l’opération pour consolider son monopole.
En juillet 2025, Philippe Bayard avait lui-même confirmé sa mainmise sur l’espace aérien haïtien en interdisant publiquement l’arrivée d’une compagnie étrangère sur le marché national, une déclaration qui avait alimenté les soupçons d’ingérence dans le processus de licences aéronautiques et son implication présumée dans l’attaque de 2024.
Après les dénonciations de la société civile et de Satellite509, Bayard avait dû reculer, et la compagnie IBC Airways a finalement inauguré, le 10 novembre, son premier vol commercial vers l’aéroport Antoine Simon des Cayes, en provenance de Miami.
Dans ce contexte, difficile pour de nombreux observateurs de ne pas voir dans l’épisode d’aujourd’hui une manœuvre de diversion : un événement spectaculaire destiné à déplacer le débat public, dramatiser l’insécurité… et éviter d’affronter les accusations qui ressurgissent.
Les critiques rappellent aussi le quasi-monopole de Sunrise sur les vols domestiques et s’interrogent : incident authentique ou mise en scène pour faire peur aux autres compagnies aériennes ?
Ou pour exercer une soi-disant pression sur des autorités dont le silence persistant entretient la suspicion de complicité ?
Les zones d’ombre, elles, se multiplient : les images radar seront-elles publiées ?
Les autorités confirmeront-elles la provenance des tirs ?
Un rapport balistique indépendant sera-t-il disponible ?
Et qu’en est-il de l’audit de sécurité exigé depuis novembre 2024 et toujours gardé secret ?
Cet épisode pourrait-il être une réponse directe, voire une riposte stratégique, aux révélations de Satellite509, dans le but d’influencer le récit médiatique et d’affaiblir la portée des enquêtes en cours ?
Sans investigation indépendante, le public demeure plongé dans un brouillard total, partagé entre scepticisme et inquiétude. Une certitude néanmoins : cet incident expose brutalement les failles du transport aérien haïtien et l’urgence d’une supervision sérieuse, débarrassée de l’opacité, des intérêts privés et des arrangements dissimulés.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
