2 octobre 1937 : une douleur que le peuple haïtien n’oubliera peut-être jamais !
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2 octobre 1937. Une date qui reste gravée dans la mémoire du peuple haïtien. Sous la dictature de Rafael Leónidas Trujillo, en République dominicaine, une campagne de persécution visant les Haïtiens et les personnes considérées comme telles allait prendre une tournure meurtrière. Près de neuf décennies plus tard, le massacre Persil demeure l’une des pages les plus sombres de l’histoire des relations entre les deux peuples partageant l’île d’Haïti.
Les violences ont principalement touché les régions frontalières, notamment autour de Dajabón, avant de s’étendre à d’autres secteurs. Des Haïtiens installés depuis longtemps en République dominicaine, mais aussi des personnes d’origine haïtienne, ont été pris pour cibles. Des hommes, des femmes et des enfants ont été arrêtés, pourchassés et tués. Les forces armées dominicaines ont joué un rôle central dans les opérations. Les estimations du nombre de victimes varient fortement selon les sources. Certaines recherches évoquent environ 17 000 morts, tandis que d’autres estimations sont plus élevées, soit environ 20 milles Haïtiens.
Vincent et Trujillo : une proximité avant le massacre
Un élément important permet de mieux comprendre le contexte diplomatique de l’époque. En effet, avant le massacre, Sténio Vincent et Rafael Trujillo entretenaient des relations étroites. Les deux dirigeants s’étaient rencontrés dès 1933 et avaient développé une coopération autour notamment de la question frontalière. En mars 1936, les deux gouvernements achevèrent un accord de délimitation de la frontière, tandis que Trujillo et Vincent reçurent des honneurs militaires à Port-au-Prince. Des sources dominicaines évoquent également des relations personnelles et un soutien financier du gouvernement de Trujillo à Vincent.
Cette proximité n’empêchera pourtant pas la tragédie. Lorsque les massacres éclatent, la question devient rapidement un problème diplomatique majeur pour Port-au-Prince. Les archives diplomatiques américaines montrent qu’à la fin de 1937 et au début de 1938, le gouvernement haïtien négociait avec Saint-Domingue une enquête, des garanties pour les Haïtiens et une indemnisation.
Le « test persil »
L’épisode est resté dans l’histoire sous le nom de « massacre Persil », en référence au mot espagnol « perejil ». Selon des témoignages des rescapés, des personnes soupçonnées d’être haïtiennes étaient invitées à prononcer ce mot. Leur manière de parler espagnol pouvait alors servir à les identifier. Le procédé est devenu l’un des symboles de cette campagne de persécution. Des sources historiques indiquent toutefois que les violences avaient commencé avant le 2 octobre et se sont poursuivies pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines selon les régions.
Mais derrière le mot « Persil » et derrière les chiffres, il y avait surtout des vies humaines. Des familles entières ont été brisées. Certains ont été tués sur place, tandis que d’autres ont tenté de rejoindre Haïti pour échapper aux violences. Des survivants ont abandonné leurs maisons et leurs biens. Pour leurs descendants, le massacre n’est donc pas seulement une histoire racontée dans les livres : c’est aussi une mémoire familiale, transmise à travers les générations.
Une indemnisation, mais pas une véritable justice
Sous la pression internationale, les deux gouvernements ont engagé des négociations. Le règlement conclu en 1938 prévoyait une indemnité de 750 000 dollars versée à Haïti. Les documents diplomatiques américains précisent que cette somme devait être utilisée par le gouvernement haïtien dans l’intérêt des victimes et de leurs familles. L’accord prévoyait également des mesures concernant les personnes reconnues coupables et la protection des biens et des ressortissants des deux pays.
Les archives montrent cependant que la question de la responsabilité de l’État dominicain demeurait sensible dans les négociations. Les autorités dominicaines cherchaient à parvenir à un règlement financier sans accepter nécessairement une reconnaissance de responsabilité. Les discussions portaient aussi sur les poursuites contre les responsables des violences.
L’argent ne pouvait évidemment pas réparer les vies perdues. Et les questions sur le nombre exact de victimes, les responsabilités et le sort réservé aux indemnités ont continué à alimenter le débat historique. Des sources dominicaines rapportent notamment que la totalité de la somme prévue n’aurait pas été versée ou que son utilisation au bénéfice des familles demeure difficile à établir.
Une mémoire qui ne doit pas devenir une haine
Le massacre du Persil a laissé une cicatrice profonde dans les relations entre Haïti et la République dominicaine. Il rappelle les conséquences que peuvent avoir la discrimination, les préjugés et l’utilisation politique de l’identité nationale lorsqu’ils se transforment en instruments de persécution.
Aujourd’hui, se souvenir du massacre Persil ne signifie pas entretenir la haine contre le peuple dominicain. Les générations actuelles ne sont pas responsables des crimes commis sous la dictature de Trujillo. Mais la volonté de vivre en paix entre les deux peuples ne peut pas avoir pour prix l’effacement de l’histoire.
Se souvenir, c’est reconnaître la souffrance des victimes. C’est transmettre leur histoire aux nouvelles générations. C’est aussi rappeler qu’aucune origine, aucune couleur de peau et aucune nationalité ne devrait jamais servir de justification à la violence.
Le 2 octobre 1937 reste ainsi une date douloureuse. 89 ans plus tard, le temps n’a pas effacé la cicatrice laissée par le massacre Persil dans la mémoire haïtienne.
Que la mémoire de celles et ceux qui ont péri reste vivante. Que leurs âmes trouvent la lumière !
Samuel LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
