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L’assassinat du président Jovenel Moïse a brisé l’amitié entre Ti Pay et Michel Martelly

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L’assassinat du président Jovenel Moïse, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, continue de diviser profondément la société haïtienne, jusque dans le monde artistique. Dans une vidéo récemment diffusée sur les réseaux sociaux, le chanteur Jean Renald Bruno, plus connu sous le nom de Ti Pay, est revenu sur cet épisode tragique, en révélant comment cet événement a provoqué la rupture définitive de son amitié avec Michel Joseph Martelly, ancien président d’Haïti et figure emblématique du parti PHTK.

« Mwen pa ka deklare ouvètman Martelly te nan lanmò a ou pa, paske se pa mwen k ap bay jistis », a tenu à préciser Jean Renald Bruno (Ti Pay), tout en ajoutant que la mort de Jovenel Moïse a mis un grand écart entre lui et l’ancien chef d’État. L’artiste affirme que depuis cet événement, les relations entre les deux hommes se sont considérablement refroidies.

Jean Renald Bruno (Ti Pay) rappelle que son lien avec Martelly ne datait pas de la politique : « Mwen te zanmi Martelly ak Roro Nelson depi lè l te atis… ». Selon lui, l’ancien président, qu’il décrit comme généreux, lui offrait parfois des véhicules provenant de la présidence lorsqu’il en avait besoin. « Li konn rele m, li mande m sa m bezwen, mwen di l mwen bezwen machin… epi li konn ban mwen ni machin ki sòti nan mezon », confie-t-il.

Mais cette proximité s’est effondrée après l’assassinat de Jovenel Moïse. Jean Renald Bruno explique que cet acte a provoqué un déclic en lui : « Se aprè Jovenel asasinen, je l pete, epi je m louvri. » Il dit avoir réalisé, trop tard, que tout le chaos politique et les blocages du pays avaient une raison cachée, derrière laquelle se jouaient des luttes de pouvoir dangereuses.

Dans ses propos, Jean Renald Bruno (Ti Pay) brosse un portrait contrasté de Jovenel Moïse : un homme naïf mais honnête, conscient de son destin tragique. « Jovenel Moïse te yon egare, li te konnen l ap mouri, men li pa t janm tande moun », a-t-il déclaré, en ajoutant que malgré les menaces, le président restait confiant. Selon Ti Pay, il demandait souvent à Jovenel ce qu’il comptait faire en 2022, et ce dernier lui répondait toujours : « an 2022 m ap remèt pouvwa ».

Pour le chanteur Jean Renald Bruno, la mort du président tient à sa droiture : « Jovenel pa t konn touye moun, e se rezon k fè l mouri. » Il raconte également une anecdote révélatrice : lorsqu’il avait demandé à Jovenel une voiture, ce dernier aurait refusé de lui en offrir une directement, préférant lui donner l’argent pour qu’il l’achète lui-même – preuve, selon Ti Pay, qu’il voulait « rete entèg ».

Jean Renald Bruno ne s’est pas limité à parler de Martelly et de Jovenel. Dans sa vidéo, il a aussi vivement critiqué l’avocat et homme politique André Michel, qu’il accuse d’avoir contribué à plonger le pays dans le chaos avant de s’enfuir.

« André Michel fin kraze peyi a, se an Frans li al mawon », a dénoncé Ti Pay, interpellant même la diaspora haïtienne à Paris : « Ayisyen ki Pari yo, al chèche misye kote l ye a ! »

Le chanteur dit trouver scandaleux que ceux qui, selon lui, ont alimenté un climat de terreur, puissent aujourd’hui vivre tranquillement à l’étranger.

Malgré la douleur et la confusion, Jean Renald Bruno (Ti Pay) affirme ne rien regretter et continue de réclamer justice pour l’ancien président. Il conclut sa déclaration en affirmant qu’il aurait défendu n’importe quel chef d’État victime d’un tel assassinat, même si c’était Martelly lui-même.

« Kèlkeswa prezidan ki te mouri a, mwen pa t ap dakò sa, menm si se ta Michel Joseph Martelly… », a-t-il insisté.

L’artiste Jean Renald Bruno, plus connu sous le nom de Ti Pay, assure qu’il n’a pas peur de parler et qu’il continuera à « mande jistis pou Jovenel Moïse, paske krim sa pa ka rete enpini. »

À travers ce témoignage sincère, Jean Renald Bruno (Ti Pay) révèle non seulement les fractures politiques d’Haïti, mais aussi la désillusion d’une génération d’artistes longtemps proches du pouvoir. Son récit met en lumière une réalité plus vaste : en Haïti, la frontière entre musique, politique et loyauté personnelle reste fragile, et chaque crise nationale laisse derrière elle des blessures humaines profondes.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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