Les Douanes haïtiennes interdisent les sextoys, mais laissent passer librement les armes à feu et les munitions
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L’Administration générale des Douanes (AGD) a présenté, le mardi 4 novembre 2025, son bilan mensuel des saisies. À cette occasion, les responsables ont rappelé que, selon l’article 42 du Code des douanes de 2023, l’importation de tout objet à caractère obscène, y compris les « sextoys », demeure strictement interdite en Haïti.
Une précision qui, à première vue, prête à sourire — mais qui révèle surtout l’hypocrisie d’un État sélectif dans sa morale et aveugle dans sa sécurité.
La morale comme paravent, la corruption comme moteur
Pendant que les douaniers redoublent de zèle pour bloquer des objets intimes sans danger, les cargaisons d’armes de guerre et de munitions continuent d’inonder le pays sous leurs yeux complices. Plusieurs rapports internes et enquêtes médiatiques, dont celles de Satellite509 et du RHAJAC, ont mis en lumière l’implication directe de certains cadres de la Douane dans ces trafics.
Des ports comme ceux de Lafito, Port-au-Prince, Miragoâne ou Saint-Marc sont devenus de véritables couloirs de contrebande armée, souvent sous la protection de figures haut placées au sein de l’appareil douanier. Pourtant, aucune sanction exemplaire n’a jamais été prise contre les responsables.
Un trafiquant d’armes à la tête des Douanes
Le comble de l’ironie reste que Gérald Remplais, actuel directeur général de l’AGD, a été lui-même cité dans plusieurs dossiers liés à la contrebande et au trafic d’armes. Comment un homme soupçonné d’alimenter le chaos national peut-il incarner la moralité publique ?
Sous son administration, les douanes ont non seulement échoué à contrôler les flux d’armes, mais ont aussi multiplié les scandales de complicité avec des gangs et des entreprises d’importation douteuses.
L’exemple du conteneur “intouchable” du ministère de l’Intérieur
En octobre dernier, un conteneur contenant des uniformes et des équipements “anti-drones” — a été discrètement débarqué sans inspection complète sous l’influence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et Gérald Remplais, directeur général des Douanes.
Des sources internes révèlent que ce conteneur servait de couverture pour une cargaison bien plus sensible, dont les détails ont été étouffés par la hiérarchie.
Cette affaire illustre la règle non écrite qui gangrène les Douanes : les cargaisons protégées par des “ordres venus d’en haut” ne se contrôlent pas. On ferme les yeux, on signe, et on encaisse.
Une République sous perfusion de munitions
Ainsi, pendant que l’État haitien prétend protéger la morale publique en interdisant des sextoys, il laisse pénétrer sur son territoire les instruments de mort qui alimentent les gangs, terrorisent la population et détruisent tout espoir de stabilité.
Les Douanes se font gardiennes de la pudeur, mais complices de la tuerie.
Une hypocrisie d’État qui tue plus que la honte qu’elle prétend conjurer.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
