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Incarcérée pour corruption et financement de gangs, Rosemila Petit-Frère serait prête à verser de fortes sommes d’argent pour obtenir sa liberté

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Entre juillet et septembre 2025, plus de cinquante détenus ont perdu la vie dans les prisons haïtiennes, selon un rapport du BINUH publié le 11 novembre 2025. Ce document accablant dénonce des conditions de détention « inhumaines et dégradantes » : absence de soins, malnutrition, surpopulation et manque d’eau potable. Alors que ces prisonniers anonymes meurent dans l’indifférence totale, sans jugement et sans assistance, la justice haïtienne semble pourtant redécouvrir un sens très sélectif du mot « humanité » lorsqu’il s’agit de personnalités proches du pouvoir ou impliquées dans des dossiers explosifs.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le cas de Rosemila Petit-Frère, ex-maire de l’Arcahaie. Arrêtée en République dominicaine le 10 août 2025 et remise aux autorités haïtiennes le 13 août 2025, elle est accusée de trafic d’armes, de corruption et de financement de groupes armés, notamment en lien avec le chef de gang Jeff « Gwo Lwa ». Le 5 novembre 2025, en pleine audition à la DCPJ, elle aurait été victime d’un « malaise » soudain, immédiatement interprété comme un motif valable pour lui accorder une autorisation exceptionnelle de quitter le pays pour des « soins médicaux », signée par le commissaire du gouvernement Fritz Patterson Dorval. Plusieurs sources judiciaires indiquent toutefois qu’elle serait prête à verser des « sommes considérables » pour garantir sa sortie et neutraliser son dossier — une stratégie qui rappelle étrangement celle de Cholzer Chancy, ex-député arrêté le 7 mars 2024 pour corruption et libéré dix jours plus tard, le 27 mars 2024, avant de disparaître complètement du radar judiciaire.

Ce contraste brutal met en lumière une justice « à deux vitesses » : d’un côté, des centaines de détenus abandonnés meurent chaque année derrière les barreaux, sans que personne ne brandisse la moindre compassion ; de l’autre, des figures politiques lourdement impliquées dans l’effondrement sécuritaire du pays obtiennent des faveurs sur mesure, parfois jusqu’à s’acheter une « sortie discrète ». Tant que l’« humanité » restera une option réservée aux puissants capables de payer, les prisons continueront d’être des cimetières pour les pauvres, tandis que des acteurs centraux de la corruption et du chaos, comme Rosemila Petit-Frère, pourront s’offrir la liberté au détriment de la justice et de la nation.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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