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Ambassade de Taïwan en Haïti : 200 000 dollars pour le Cap-Haïtien, Emmanuel Vertilaire célèbre la dépendance du pays avec un chèque dérisoire

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Les récentes déclarations d’Emmanuel Vertilaire, qui se félicite d’avoir obtenu un chèque de 200 000 dollars de l’Ambassade de Taïwan pour la mairie du Cap-Haïtien, illustrent tristement une dérive désormais banale dans la politique haïtienne : transformer des gestes d’assistance mineurs en trophées diplomatiques. Présentée comme une réussite personnelle, cette annonce ne révèle rien d’autre que l’enracinement d’une dépendance chronique envers les dons étrangers, une dépendance que certains responsables semblent désormais considérer comme une forme de gouvernance normale.

Capture d’écran du message publié sur X par le conseiller-président Emmanuel Vertilaire, le vendredi 28 novembre 2025.

Cette mise en scène pose une question fondamentale : Haïti s’est-elle résignée à faire de sa politique étrangère une simple course aux chèques, aux dons, aux sacs de riz ? Alors qu’un nombre croissant de pays misent sur des partenariats stratégiques, des investissements productifs, le transfert de technologies et la construction d’infrastructures majeures, Haïti continue d’accepter des aides ponctuelles sans ambition ni vision. Pendant que la Chine, la Russie ou le Qatar négocient des relations « gagnant-gagnant » avec le reste du monde, nos dirigeants, incapables d’imaginer un avenir souverain, se glorifient de financements dérisoires qui ne changent rien au destin du pays.

Dans ce contexte, célébrer un chèque de 200 000 dollars relève presque de la dérision nationale. Pour un État de plus de dix millions d’habitants, confronté à une ruine institutionnelle profonde, un tel montant n’est qu’un symbole : celui de l’impuissance. En amplifiant cette somme comme un exploit, les responsables haïtiens renvoient l’image d’un pays réduit à la mendicité diplomatique, incapable de financer ses propres priorités, incapable même de négocier des engagements sérieux. Ce spectacle affligeant touche directement la dignité collective du peuple haïtien.

La situation devient encore plus embarrassante lorsqu’on observe que le même Taïwan fournit ailleurs des équipements sécuritaires, des technologies agricoles, des systèmes de surveillance ou des programmes de haute valeur ajoutée. En Haïti, en revanche, nos représentants semblent se contenter de réclamer du riz ou quelques subventions modestes, comme si l’État haïtien n’avait d’autre vocation que de gérer l’urgence humanitaire. Cette attitude entretient une perception humiliante : celle d’un leadership qui ne vise ni la modernisation, ni la souveraineté, mais simplement la survie.

Pour sortir de cette logique dégradante, il est impératif que les fonds publics et les ressources nationales soient gérés avec rigueur, transparence et responsabilité. Le développement ne viendra ni des dons ni des chèques exhibés sur les réseaux sociaux, mais de la capacité de l’État à collecter correctement les taxes, à combattre la corruption et à établir de véritables politiques de partenariat. Tant que la gouvernance restera alignée sur la logique du « bol tendu », Haïti restera prisonnière d’une dépendance qui ronge sa dignité et neutralise tout espoir de progrès durable.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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