Douanes paralysées en Haïti : sous le silence d’Alix Didier Fils-Aimé, des contractuels se soulèvent contre Gérald Remplais sur fond d’accusations de corruption et de magouilles
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La Direction générale des Douanes (AGD) s’enfonce dans la tourmente. Bloquée depuis le 27 avril, l’institution reste paralysée ce 29 avril 2026, sur fond de révolte interne, d’accusations de favoritisme, de corruption et de mutisme du pouvoir. Alors que les protestations se durcissent, le silence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé alimente les critiques.
Au cœur de la crise, Gérald Remplais, directeur général des Douanes, est accusé par des employés d’avoir aggravé le chaos administratif par des pratiques jugées opaques et clientélistes. Environ 350 contractuels, soutenus par d’autres employés, se mobilisent pour défendre des droits qu’ils estiment leur revenir, tout en dénonçant la signature présumée de près de 400 contrats et nominations en faveur de proches, dont certains journalistes, pendant que des agents présents depuis plus de dix ans disent être abandonnés sans salaire ni régularisation.

La colère a franchi un cap lorsque, selon plusieurs sources, Gérald Remplais aurait fui son bureau sous haute escorte mardi, avant d’être confronté ce mercredi à des employés en colère ayant bloqué les accès dans le cadre de leur mobilisation. Un épisode perçu par les protestataires comme le symbole d’une direction assiégée par ses propres dérives.
Les dénonciations visent aussi une gestion accusée de sacrifier des employés expérimentés pour faire place à un réseau de privilèges. Des documents transmis à notre rédaction par les protestataires indiqueraient que des démarches de nomination étaient déjà engagées sous l’ancienne administration, mais seraient restées bloquées depuis l’arrivée de Remplais en septembre 2025.

Comme pour tenter d’éteindre l’incendie, une note datée du 29 avril 2026, signée par Gérald Remplais, affirme que des démarches seraient en cours auprès du ministère de l’Économie et des Finances pour régulariser le statut des contractuels émargés aux comptes 116, 114 et 119. Mais pour plusieurs employés, cette note ressemble davantage à une manœuvre d’apaisement tardive qu’à une réponse crédible à une crise nourrie depuis des mois.
Pendant que l’AGD vacille, les critiques remontent plus haut : pourquoi le gouvernement se tait-il face à une institution stratégique paralysée par des accusations aussi graves ? Pour les protestataires, le silence d’Alix Didier Fils-Aimé n’est plus une simple absence de réaction, mais le signe d’une tolérance face à des pratiques qu’ils dénoncent comme un système.
À mesure que la crise s’aggrave, cette révolte aux Douanes dépasse le conflit social. Pour les protestataires, il s’agit moins d’une simple contestation que d’une lutte pour faire valoir des droits acquis face à ce qu’ils décrivent comme des abus administratifs et des privilèges imposés au sommet de l’institution.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
