La corruption fait tomber le gouvernement en Bulgarie, mais elle s’installe au sommet de l’État en Haïti
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La Bulgarie a enregistré la démission de son gouvernement après une mobilisation populaire d’ampleur nationale contre la corruption durant ce weekend. Pendant plusieurs semaines, des milliers de citoyens ont occupé les rues de Sofia et d’autres grandes villes pour dénoncer la collusion entre responsables politiques et intérêts privés, l’impunité des dirigeants et la dégradation de la gouvernance publique. Sous la pression constante de la rue, l’exécutif a quitté le pouvoir.
Des faits documentés, une rupture politique assumée
En Bulgarie, les faits dénoncés par la population concernaient des pratiques de corruption documentées, un usage abusif des institutions et l’absence de sanctions contre des responsables publics. La contestation a conduit à une rupture politique claire : le gouvernement est parti, reconnaissant l’impossibilité de gouverner dans un climat de défiance totale. La mobilisation citoyenne a imposé la responsabilité politique comme principe non négociable.
Haïti : une transition éclaboussée mais maintenue
En Haïti, la situation révèle un contraste brutal. Le Conseil présidentiel de transition (CPT) fonctionne alors que trois de ses membres, Louis Gérard Gilles, Emmanuel Vertilaire et Smith Augustin, sont directement impliqués dans une tentative d’extorsion de 100 millions de gourdes liée à la Banque nationale de crédit (BNC), révélée publiquement et largement relayée dans l’espace national. Ces faits sont connus, établis et n’ont fait l’objet d’aucun démenti institutionnel crédible. Pourtant, le CPT demeure en place, sans sanction ni remise en question.
Sécurité : une ligne politique contestée
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé assume pleinement une ligne politique dénoncée par de larges secteurs de la société : il protège les chefs de groupes armés en bloquant l’usage de drones kamikazes contre des organisations criminelles qui contrôlent des territoires entiers. Cette position est publique, constante et assumée, alors que les gangs poursuivent enlèvements, massacres et extorsions à grande échelle.
Rapports de l’ULCC ignorés
Dans le même temps, le chef du gouvernement maintient son soutien à la ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique, malgré deux rapports officiels de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) établissant des faits graves de mauvaise gestion et d’irrégularités administratives. Ces rapports sont publics, formels et connus de l’exécutif. Aucune mesure n’a été prise.
Deux pays, deux logiques du pouvoir
Là où la Bulgarie a vu un gouvernement tomber sous le poids des faits et de la pression populaire, Haïti institutionnalise la corruption au sommet de l’État. Les rapports existent, les faits sont établis, les responsabilités sont connues, mais le pouvoir reste intact. L’impunité devient une méthode de gouvernance.
Une comparaison qui interroge l’avenir démocratique
Cette comparaison met à nu une réalité politique implacable : en Bulgarie, la corruption provoque une chute ; en Haïti, elle consolide le pouvoir. Tant que la responsabilité politique restera absente, la transition haïtienne ne sera qu’un simulacre, et l’État continuera de s’éloigner de toute exigence de justice, de sécurité et de dignité démocratique.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
