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Niola Octavius : deux scandales, zéro conséquence, médailles d’impunité et sport national de la corruption

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Au ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC), la performance ne se mesure plus en résultats sportifs, mais en capacité à survivre aux scandales. La ministre Niola Lyn Sara Devalis Octavius en offre une démonstration frappante. En quelques mois, deux rapports accablants de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) ont mis en cause sa gestion, sans qu’aucune sanction ne soit prise. L’impunité serait-elle devenue un critère de maintien au pouvoir ?

Un premier signal d’alarme ignoré

Le 26 septembre 2025, l’ULCC recommandait déjà des poursuites judiciaires pour un détournement présumé de 10 millions de gourdes, lié à un budget de commémoration. Aucune réaction officielle. Pas de suspension, pas d’enquête administrative, pas même une explication publique. Le dossier disparaît dans le silence institutionnel.

50 millions de gourdes pour la fête du drapeau : le second scandale

Le 8 décembre 2025, un second rapport de l’ULCC enfonce le clou. Cette fois, ce sont 50 millions de gourdes destinés à la célébration du 18 mai 2025 qui sont pointés du doigt. Détournement présumé, irrégularités massives, passation illégale de marché : la liste des manquements est longue. Combien de signaux faudra-t-il encore avant une réaction de l’État ?

Un décaissement refusé… puis miraculeusement accepté

Tout commence par un chèque de 50 millions de gourdes, sollicité le 16 mai 2025 par la ministre auprès du Ministère de l’Économie et des Finances. La demande est d’abord rejetée. Puis, après d’insistantes démarches, les fonds sont débloqués. Que s’est-il passé entre-temps ? Quelle urgence justifiait une telle célérité dans un pays où tant de projets attendent encore des financements ?

Versions contradictoires et comptabilité fantôme

Les auditions révélées par l’ULCC dressent un tableau inquiétant. L’administrateur du MJSAC, Jildas Jacques, livre des versions changeantes sur la remise des fonds. Les justificatifs sont reconnus comme irréguliers, un comptable intérimaire n’enregistre aucune dépense, et 2,6 millions de gourdes restent sans justification. Peut-on encore parler de simple négligence ?

Des directions départementales sans contrôle réel

Dans les départements, la situation n’est guère meilleure. Sur 9 millions de gourdes décaissés, 2 millions présentent des anomalies. Entre chiffres contradictoires et activités mal documentées, le patriotisme semble avoir remplacé la rigueur budgétaire. Des drapeaux ont bien été achetés, mais les comptes ne tiennent pas debout.

Même produit, prix multiplié par quinze

Le volet le plus spectaculaire concerne la passation de marché. Deux entreprises fournissent des drapeaux : l’une pour 655 000 gourdes, l’autre pour 10,2 millions de gourdes. Le même produit, mais un prix multiplié par quinze. Le seuil légal de 7 millions de gourdes, qui impose une procédure stricte, est allègrement dépassé. La loi est violée, l’ULCC le confirme, et pourtant rien ne se passe.

Protégée par le pouvoir, malgré tout

Malgré ces constats répétés, Niola Octavius reste solidement en poste, bénéficiant du soutien du Premier ministre Fils-Aimé et du Conseil présidentiel de transition (CPT). À quoi servent alors les institutions de contrôle si leurs conclusions ne produisent aucun effet concret ?

Quand l’impunité devient une politique publique

Deux scandales, deux rapports, zéro conséquence. Pendant que la jeunesse manque d’opportunités et que les athlètes s’entraînent sans moyens, une ministre semble collectionner les médailles de l’impunité. En Haïti, le véritable sport national ne serait-il pas devenu la corruption sans sanction ?

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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