Emmanuel Lundi aurait été contraint de signer une lettre d’excuses pour sauver Me Eno Zéphirin et recouvrer sa liberté « à l’amiable »
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La libération d’Emmanuel Lundi, intervenue le 12 janvier 2026 après les alertes répétées du RHAJAC et l’intervention de l’Office de la Protection du Citoyen (OPC), demeure entourée de zones d’ombre profondément préoccupantes.

Capture d’écran extraite d’une vidéo montrant le magistrat Eno Zéphirin giflant le citoyen Emmanuel Lundi, le vendredi 9 janvier 2026, alors qu’il est maîtrisé et menotté.
Arrêté arbitrairement, M. Emmanuel Lundi a été violemment agressé alors qu’il était menotté et totalement maîtrisé, comme en témoignent des vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux. Ces images, choquantes et sans équivoque, montrent un citoyen humilié et giflé par le commissaire du gouvernement lui-même, un acte qui aurait dû entraîner un blâme immédiat, une suspension et des poursuites disciplinaires, indépendamment de toute autre considération.

Note de mise en liberté du citoyen Emmanuel Lundi, publiée le 12 janvier 2026 par le Parquet du Cap-Haïtien.
Face à l’indignation nationale, à la pression citoyenne et médiatique exigeant la révocation du commissaire du gouvernement Me Eno Zéphirin, la libération de la victime est intervenue dans un climat de crise institutionnelle manifeste.

La lettre d’excuses signée par Emmanuel Lundi le lundi 12 janvier 2026 soulève de sérieux doutes quant au caractère volontaire de cette démarche.
C’est dans ce contexte explosif qu’apparaît soudainement une lettre d’excuses attribuée à Emmanuel Lundi, adressée… à son propre agresseur. Une démarche pour le moins troublante, qui soulève une question centrale :
un citoyen battu, menotté et arbitrairement détenu peut-il, librement et sans contrainte, présenter des excuses à l’autorité qui l’a violenté ?
Les soupçons s’aggravent lorsqu’on constate que la lettre d’excuses et l’ordre de mise en liberté ont été établis le même jour, le 12 janvier 2026. Cette concomitance nourrit fortement l’hypothèse d’un lien direct entre la libération et la production de cette lettre, laissant planer l’ombre d’un arrangement destiné à désamorcer la colère publique et protéger le magistrat mis en cause.
Un élément supplémentaire, particulièrement grave, vient renforcer ces soupçons. Plusieurs sources concordantes, composées de policiers et de journalistes, affirment que le citoyen Emmanuel Lundi aurait été contraint de signer cette lettre d’excuses pour pouvoir retrouver sa liberté.
Selon ces sources, la signature aurait été imposée dans le cadre d’un règlement présenté comme « à l’amiable », au nom de sa sécurité personnelle après sa sortie de détention, dans un climat de fortes tensions. Autrement dit, la liberté et la sécurité d’un citoyen auraient été conditionnées à un acte destiné à protéger l’autorité qui l’avait violenté.
Selon une source proche du commissariat du gouvernement, sous couvert d’anonymat, la lettre aurait été signée sous pression, après plusieurs tentatives visant à permettre à Emmanuel Lundi de recouvrer sa liberté, à condition qu’il accepte de poser un acte susceptible de préserver l’image et le poste du commissaire.
Ces informations ont été corroborées par un membre de la famille de la victime, également sous anonymat, qui estime que des révélations pourraient intervenir ultérieurement, lorsque Emmanuel Lundi se sentira suffisamment en sécurité pour livrer sa véritable version des faits, sans crainte de représailles.
La question posée est grave et engage l’avenir de l’État de droit en Haïti :
la liberté d’un citoyen peut-elle être conditionnée à une soumission publique destinée à absoudre un abus d’autorité filmé, documenté et largement dénoncé ?
Si tel était le cas, il ne s’agirait plus d’un simple dysfonctionnement, mais d’une dérive institutionnelle majeure, incompatible avec les principes fondamentaux de justice, de dignité humaine et de responsabilité publique.

Note de presse du RHAJAC condamnant cette injustice, publiée le dimanche 11 janvier 2026.
Pour le RHAJAC, la libération d’Emmanuel Lundi, bien que nécessaire, ne saurait clore ce dossier. Tant que les circonstances exactes de cette lettre ne seront pas établies de manière indépendante et transparente, le soupçon d’une pression institutionnelle ou d’un arrangement tacite restera entier.
La mobilisation citoyenne a permis d’éviter le pire.
Mais seule la vérité, sans intimidation ni marchandage, permettra d’empêcher la banalisation de la violence, de l’arbitraire et de l’impunité au sein de l’appareil judiciaire.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
