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Quand les drones parlent à Delmas 6, Barbecue se tait

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Depuis le mercredi 15 janvier 2026, la Police nationale d’Haïti (PNH), appuyée par d’autres forces de sécurité, dont les Forces armées d’Haïti, mène une vaste opération sécuritaire dans le secteur de Bas-Delmas, notamment à Delmas 6. Cette intervention, marquée par l’utilisation de drones explosifs, a profondément modifié le rapport de force dans une zone longtemps contrôlée par des groupes armés. À Delmas 6, les drones « parlent » désormais par leurs frappes, leurs explosions et la destruction ciblée d’infrastructures criminelles.

Parmi les cibles touchées figure une maison présentée par la PNH comme appartenant à Jimmy Cherizier, alias Barbecue, ancien policier devenu chef de la coalition criminelle « Viv Ansanm ». Selon les autorités, cette résidence servait de refuge au chef de gang. Sa destruction à l’aide de drones est perçue comme un message clair adressé aux groupes armés : aucun bastion n’est désormais hors de portée. À Delmas 6, la technologie sécuritaire s’impose comme un nouveau langage de dissuasion.

Depuis le début de cette offensive aérienne, un fait frappe les esprits : le silence total de Jimmy Cherizier. Habituellement prompt à réagir, à diffuser des vidéos et à multiplier les déclarations provocatrices, Barbecue n’a émis aucun message depuis que les drones ont commencé à frapper son fief. Pour de nombreux observateurs, ce mutisme n’est pas anodin. Il est la conséquence directe de la pression exercée par ces drones qui « parlent tout haut » à Delmas 6, réduisant sa capacité de communication et d’action.

Ce silence imposé par la force contraste avec l’omniprésence médiatique passée du chef de gang. Là où Barbecue répondait autrefois par des discours et des menaces, ce sont désormais les drones qui répondent pour l’État, par des explosions et des destructions ciblées. Certains analystes évoquent une situation de marronnage moderne, marquée par un repli forcé, une fuite stratégique et une perte de contrôle sur le territoire et le récit.

Parallèlement, la PNH affirme avoir neutralisé plusieurs bandits, saisi des armes et des munitions, et détruit diverses bases logistiques de groupes armés à Delmas 6, mais aussi à Bel-Air et à La Saline. Ces opérations s’inscrivent, selon les autorités, dans une volonté ferme de démanteler durablement les réseaux criminels qui terrorisent la population.

Le gouvernement, dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, réitère sa détermination à rétablir l’ordre et la sécurité sur l’ensemble du territoire national. Si une partie de la population salue l’usage de drones comme un tournant décisif, d’autres s’interrogent encore sur la durabilité de cette stratégie. Une chose semble toutefois acquise à Delmas 6 : pendant que les drones parlent avec fracas, Barbecue, lui, se tait.

Gerlanda F.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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