Incendie du Ranch sportif de Croix-des-Bouquets : irresponsabilité, négligence et incompétence de la Transition mises à nu
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Des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux dans la nuit du dimanche 1er février 2026 montrent des individus lourdement armés affirmant avoir incendié le Ranch sportif de Croix-des-Bouquets, l’un des plus importants complexes sportifs du pays. Dans ces images, les hommes armés se livrent à des scènes de provocation, déclarant que « teren pa egziste, nou boule Ranch Kwadèboukè […] », revendiquant ouvertement la destruction du site sans la moindre crainte de représailles. Cette mise en scène publique de la violence relève moins d’un simple acte criminel que d’une démonstration de domination face à un État perçu comme absent.
Le Ranch sportif de Croix-des-Bouquets abritait des installations du ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC) ainsi que des locaux de la Fédération haïtienne de football (FHF). Pendant des décennies, cet espace a servi de centre de formation pour des milliers de jeunes et a contribué à l’émergence de figures majeures du sport national. Sa destruction représente une perte colossale, estimée à plusieurs millions de dollars, dans un pays déjà frappé par la rareté des infrastructures publiques. Laisser un site aussi stratégique sans dispositif de protection adapté relève d’une négligence grave et prolongée.
Selon les informations disponibles, il ne s’agissait pas d’une première intrusion armée sur le site. L’incendie volontaire marque toutefois une escalade majeure. Il met en lumière une chaîne de défaillances : absence d’anticipation, insuffisance de sécurisation, défaut de réaction rapide. Cette accumulation d’erreurs traduit une incompétence opérationnelle persistante dans la gestion des zones à risque. Dans un contexte où les menaces sont connues, répétées et documentées, l’argument de la surprise ne tient plus : c’est la préparation qui fait défaut.
La stratégie des gangs reste constante : frapper des cibles symboliques lorsque la pression policière augmente ailleurs afin de disperser les forces de l’ordre. Mirebalais, Kenscoff, Croix-des-Bouquets, les attaques se déplacent plus vite que la réponse de l’État. Cette lenteur chronique nourrit un sentiment d’impunité. Elle alimente aussi les soupçons de corruption et de compromissions locales, souvent évoqués par la population lorsque des sites publics sensibles se retrouvent sans protection effective malgré des alertes répétées.
La diffusion de vidéos de revendication agit comme une humiliation institutionnelle. Les groupes armés envoient un message clair : ils testent, exposent et exploitent l’irresponsabilité du pouvoir de transition. Détruire un centre dédié à la jeunesse sans intervention immédiate révèle un affaiblissement profond de la fonction protectrice de l’État. Ce n’est plus seulement une crise sécuritaire, c’est une crise de gouvernance.
Au-delà de l’incendie d’un complexe sportif, c’est un symbole d’encadrement, d’espoir et de projection sociale qui disparaît. Lorsque négligence, incompétence, irresponsabilité et soupçons de corruption se combinent, les pertes ne sont plus accidentelles, elles deviennent structurelles. Pendant que les discours officiels s’enchaînent, les infrastructures, elles, continuent de brûler.