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Anti-drone illégaux saisis, DG révoqué : comment Baussan a pesé sur la nomination de Gérald Remplais à la tête des Douanes

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Une cargaison stratégique au cœur d’une affaire sécuritaire sensible

L’enquête judiciaire s’intensifie autour d’une cargaison d’équipements de brouillage anti-drone interceptée au port de Port-au-Prince par l’Administration Générale des Douanes (AGD) le jeudi 28 Août 2025. Ces matériels, classés comme technologies sensibles, sont habituellement utilisés dans des contextes militaires, de surveillance stratégique et de neutralisation de systèmes aériens.

La saisie est intervenue alors que les opérations portuaires étaient supervisées par le Caribbean Port Services (CPS), dirigé par Édouard Baussan, déjà cité dans plusieurs dossiers liés au trafic d’armes, de munitions et de stupéfiants.

Un port stratégique sous soupçons persistants

Opérateur privé du principal terminal de conteneurs du pays, CPS assure le déchargement, le stockage et la circulation des marchandises, sous coordination de l’AGD, seule institution légalement chargée des contrôles douaniers.

Mais cette position stratégique est au cœur de nombreuses controverses : contrats opaques, soupçons de collusion et persistance de trafics via le port public, révélant de graves failles de gouvernance et de contrôle.

Des équipements à implications majeures pour la sécurité nationale

Un document officiel de l’AGD confirme l’interception de deux dispositifs de brouillage anti-drone arrivés à bord du navire PEPIN EXPRESS/3405, dans le conteneur AMLU 405354-3, selon une correspondance datée du 9 septembre 2025.

Munis d’antennes spécialisées, ces appareils ne relèvent pas de l’électronique ordinaire mais de technologies capables de neutraliser des drones, dans un contexte où les groupes armés utilisent de plus en plus des équipements sophistiqués.

Des soupçons sur la destination finale

Selon des informations recueillies par Satellite509 auprès de sources gouvernementales, ces équipements auraient appartenu à Édouard Baussan, et le nom du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a également été cité.

Si ces éléments étaient confirmés, ils traduiraient une escalade grave dans l’usage de technologies stratégiques au cœur même de la crise sécuritaire haïtienne.

Une chronologie troublante au sommet des Douanes

La saisie est actée entre fin août et début septembre 2025.
Moins de deux semaines plus tard, le 22 septembre 2025, Julcène Édouard est remplacé à la tête de l’AGD par Gérald Remplais, un proche d’Édouard Baussan.

Or Gérald Remplais a déjà été impliqué dans des dossiers de trafic d’armes, de munitions et de blanchiment d’argent, procédures qui se sont brusquement enlisées après sa nomination.

Un mandat de comparution émis par la Cour d’appel de Port-au-Prince visait Gérald Remplais pour trafic d’armes, blanchiment d’argent et association de malfaiteurs.Il devait se présenter devant la justice le 25 août 2025, sous peine de mandat d’amener.Moins d’un mois plus tard, le 22 septembre 2025, il est officiellement installé directeur général de la Administration générale des Douanes et le dossier judiciaire est tout simplement enterré

L’une des photos de Gérald Remplais publiée sur les réseaux sociaux.

Cette succession rapide dans un contexte de saisie de matériel stratégique alimente de lourdes suspicions d’ingérence et d’étouffement du dossier.

Une enquête qui cible les intercepteurs, pas encore les importateurs

Après la saisie, l’affaire est désormais suivie par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Document officiel de l’Administration générale des Douanes confirmant la saisie de deux équipements de brouillage anti-drone au port de Port-au-Prince, arrivés à bord du navire PEPIN EXPRESS dans le conteneur AMLU 405354-3, lors d’opérations de vérification menées le 28 août 2025.

L’une des photos de Julcène Édouard publiée sur les réseaux sociaux.

L’ancien directeur général des Douanes, Julcène Édouard, a été convoqué au Bureau des affaires criminelles (BAC) afin d’être entendu sur les conditions d’importation et d’interception de ces équipements sensibles.

La correspondance officielle de la DCPJ, transmise à l’actuel directeur général de l’AGD, M. Gérald Remplais, ordonnant la comparution de l’ancien directeur général des Douanes, M. Julcène Édouard, dans le cadre de l’enquête sur les équipements anti-drone saisis au port de Port-au-Prince.

Deux agents douaniers, Judeson Félix et Wansley Nicolas, ont également été convoqués au BAC le lundi 2 février 2026 à 10 heures, conformément à une requête officielle adressée à l’Administration générale des Douanes.

Une correspondance officielle de la DCPJ, transmise à l’actuel directeur général de l’AGD, Gérald Remplais, ordonnant la comparution des agents douaniers Judeson Félix et Wansley Nicolas dans le cadre de l’enquête sur les équipements anti-drone.

Toutefois, une source au sein de la DCPJ n’a pas confirmé, à ce stade, la comparution effective de l’ancien directeur général.

Des zones d’ombre majeures demeurent

Mais au-delà de ces auditions, de lourdes interrogations persistent sur l’orientation de l’enquête.

Pourquoi aucune arrestation ni audition publique n’a-t-elle été annoncée concernant le propriétaire du navire PEPIN EXPRESS et le détenteur du conteneur AMLU 405354-3, alors même qu’ils constituent les acteurs centraux de l’importation de ces équipements stratégiques ?

Pourquoi l’action judiciaire semble-t-elle se concentrer essentiellement sur les agents douaniers ayant procédé à l’interception, une étape certes indispensable, sans que les véritables importateurs et commanditaires présumés ne soient publiquement inquiétés ?

Et surtout, comment expliquer que l’ancien directeur général des Douanes ait été remplacé moins d’un mois après la saisie de ces marchandises sensibles, par un responsable proche d’Édouard Baussan, tous deux cités dans plusieurs dossiers liés au trafic d’armes et de munitions ?

Un document officiel de la DCPJ mettant en cause l’implication présumée d’Édouard Baussan dans un trafic d’armes et de munitions

L’une des photos de Pierre Édouard Baussan publiée sur les réseaux sociaux.

Cette succession rapide, dans un contexte aussi sensible, renforce les soupçons de pressions politiques, d’ingérence institutionnelle et de tentatives de neutralisation d’un dossier explosif pour la sécurité nationale.

Une affaire loin d’être close

À ce stade, aucune mise en accusation officielle n’a été rendue publique.
Mais les auditions se multiplient, les contradictions s’accumulent et les zones d’ombre s’épaississent.

Un dossier que les autorités ne pourront durablement maintenir dans l’opacité.

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