Pérou : destitué pour « incapacité morale », José Jerí paie les soupçons de corruption et la crise politique chronique
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Le président péruvien José Jerí a été destitué par le Parlement après seulement quatre mois au pouvoir, à l’issue d’une procédure d’impeachment fondée sur la notion constitutionnelle d’« incapacité morale permanente ». Cette décision fait de lui le troisième chef d’État consécutif écarté par le Congrès, confirmant la profonde instabilité institutionnelle qui secoue le pays.

José Jerí est président du Pérou depuis la destitution de Dina Boluarte en octobre [Archives : AFP].
Les parlementaires ont justifié leur vote par une série de soupçons de corruption, notamment des rencontres non déclarées avec des hommes d’affaires et des acteurs politiques, ainsi qu’un manque de transparence dans la gestion de dossiers sensibles liés à l’économie et à la sécurité. Bien qu’aucune condamnation judiciaire définitive n’ait encore été prononcée, la majorité du Congrès a estimé que ces éléments suffisaient à rompre la confiance nécessaire à l’exercice de la fonction présidentielle.
Au Pérou, la notion d’« incapacité morale » reste volontairement large et permet au pouvoir législatif de destituer un président sans preuve pénale formelle. Ce mécanisme, régulièrement dénoncé par des juristes et des organisations de la société civile, est devenu un outil politique dans un contexte de confrontation permanente entre l’exécutif et un Parlement dominé par des forces d’opposition fragmentées mais influentes.
La chute de José Jerí illustre ainsi moins un cas individuel qu’un dysfonctionnement structurel du système politique péruvien. Depuis plusieurs années, les présidents successifs gouvernent sous la menace constante d’une destitution, ce qui affaiblit durablement l’État, freine les réformes et alimente la défiance de la population envers ses institutions.
Gerlanda Filéus
Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, un média d’investigation indépendant. Journaliste d’enquête, il est spécialisé dans la dénonciation de la corruption, la mauvaise gouvernance, les abus de pouvoir et les violations de l’intérêt public. Ses travaux portent sur des enjeux nationaux et internationaux, avec une approche rigoureuse, critique et documentée.
