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RDC : un chef de groupe armé dépose les armes, une leçon de courage adressée aux gangs haïtiens qui se disent “révolutionnaires”

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Dans l’Est de la République démocratique du Congo, une scène rare s’est produite le 18 février 2026. À Lubero, au cœur du Nord-Kivu, un chef milicien autoproclamé, connu sous le nom de Mamadou, actif depuis 2017, a officiellement déposé les armes.

L’homme, qui dirigeait un groupe armé dans la région de Kasugho, s’est présenté au Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement communautaire et Stabilisation (PDDRCS), antenne de Lubero-Butembo. Son arme a été remise publiquement aux autorités, en présence du colonel Kiwewa Mitela Allain, administrateur militaire du territoire.

Un geste symbolique. Mais un geste fort.

De la brousse à la vie civile

Après près de neuf années passées « en brousse », Mamadou affirme avoir choisi la voie de la paix à la suite d’un processus de sensibilisation. Accusé d’exactions contre des civils dans plusieurs localités rurales, il était pourtant l’un de ces chefs armés qui prétendaient défendre leur communauté.

Comme tant d’autres en Afrique centrale… et ailleurs.

Les autorités congolaises ont salué un « acte courageux », appelant les autres combattants à suivre le même chemin. L’État a même garanti la protection de l’ex-combattant contre toute tentative de représailles.

Le message est clair :
il existe une porte de sortie.

Un miroir pour Haïti

Pendant ce temps, en Haïti, des chefs de gangs se proclament : révolutionnaires, défenseurs du peuple, résistants au système.
Mais dans les quartiers qu’ils contrôlent, la réalité est brutale :

1- Kidnappings contre rançon
2- Violences sexuelles
3- Exécutions sommaires
4- Pillages
5- Déplacements forcés de populations

Quelle révolution tue les enfants du peuple ?

Quelle libération viole les femmes des quartiers populaires ?

Quelle justice enlève des écoliers sur le chemin de l’école ?

Le chef milicien Mamadou s’est rendu aux autorités à Lubero, mercredi 18 février 2026, accompagné de ses trois gardes du corps.

À Lubero, un chef milicien a compris que la guerre permanente ne produit que ruines, misère et isolement. Il a choisi de quitter les armes.

En Haïti, les chefs de gangs armés persistent dans une logique de terreur tout en instrumentalisant un discours politique pour se donner une façade idéologique.

Le courage, ce n’est pas la kalachnikov

Le colonel congolais l’a dit sans détour : ceux qui sont restés en brousse doivent faire de même.

Ce message résonne au-delà des frontières de la RDC.

Le courage n’est pas de brandir une arme face à une population sans défense.

Le courage est d’accepter de déposer cette arme.

Le courage est d’assumer ses actes et de choisir la réintégration plutôt que la prédation.

Bien sûr, la situation en Haïti diffère de celle du Nord-Kivu. Les dynamiques géopolitiques, les alliances locales, les soutiens occultes et les complicités politiques ne sont pas identiques.

Mais un principe reste universel :
aucune société ne se reconstruit sous la loi des fusils.

Un exemple à méditer

Le geste de Mamadou reste symbolique. Il ne mettra pas fin, à lui seul, aux violences dans l’Est de la RDC. Mais il envoie un signal : même après des années d’illégalité et d’exactions, il existe une alternative.

Les chefs de gangs haïtiens qui se drapent dans le vocabulaire de la « révolution » devraient regarder ce qui s’est passé à Lubero.

La vraie rupture avec le système ne commence pas par la prise d’otages.

Elle commence par le dépôt des armes.

Et si un « général » autoproclamé du Nord-Kivu a pu le faire après neuf ans de guerre, qu’est-ce qui empêche les chefs de gangs d’Haïti de faire le même choix, si ce n’est l’attachement au pouvoir, à l’argent et à l’impunité ?

Djovany Michel

Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, un média d’investigation indépendant. Journaliste d’enquête, il est spécialisé dans la dénonciation de la corruption, la mauvaise gouvernance, les abus de pouvoir et les violations de l’intérêt public. Ses travaux portent sur des enjeux nationaux et internationaux, avec une approche rigoureuse, critique et documentée.

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