Haïti : installation du nouveau gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé sur fond de critiques
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Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a procédé ce mardi 3 mars 2026 à l’installation officielle de son nouveau gouvernement à la Villa d’Accueil. Au total, onze nouveaux ministres ont intégré l’équipe gouvernementale. Lors de son intervention, le chef du gouvernement a lancé un appel à l’unité nationale et exhorté les membres du cabinet à se mettre rapidement au travail afin de répondre aux urgences du pays.
Malgré ce message de mobilisation, la composition du gouvernement suscite déjà de vifs débats dans l’opinion publique. Plusieurs observateurs soulignent un décalage entre les engagements pris par le Premier ministre et la réalité du cabinet formé. Dans son message à la Nation du 7 février, il avait pourtant promis une équipe majoritairement technocratique, conformément à l’article 3 du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. Or, selon les premières analyses, seul le ministre de l’Environnement présenterait un profil clairement technocratique.

La nouvelle équipe mêle continuité et renouvellement. Certains ministres ont été reconduits, notamment Patrick Pélissier, Paul Antoine Bien-Aimé, Pédrica St-Jean, Kathia Verdier, James Monazard et Bertrand Sinal. Parallèlement, plusieurs nouvelles figures font leur entrée à des postes clés, dont Marc Élie Nelson aux Affaires sociales, Joseph Almathe Pierre-Louis aux Travaux publics, Emmanuel Ménard à la Culture et Raina Forbin aux Affaires étrangères, entre autres. Le ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique doit, pour sa part, revenir au Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK).
Dans les milieux politiques et diplomatiques, des voix critiques se font toutefois entendre. Certains observateurs accusent le Premier ministre d’avoir privilégié des équilibres politiques au détriment des critères de compétence et d’intégrité. Plusieurs ministres nommés seraient jugés insuffisamment qualifiés pour diriger des portefeuilles stratégiques, tandis que d’autres feraient déjà l’objet de controverses ou de soupçons de corruption. Une source diplomatique issue d’une ambassade ayant soutenu le chef du gouvernement estime que ces choix pourraient fragiliser rapidement l’action de l’exécutif.
Le climat de méfiance est également alimenté par des accusations circulant dans la presse et certains cercles politiques, évoquant l’influence de réseaux qualifiés de « vautours » politiques, parfois soupçonnés de proximité avec des groupes armés. Des allégations qui ont déjà visé par le passé Mario Andrésol, ancien directeur général de la PNH, sans qu’aucune décision judiciaire définitive n’ait établi de responsabilité.
Dans un contexte national marqué par de fortes attentes en matière de sécurité, de gouvernance et de relance économique, la capacité du nouveau gouvernement à produire des résultats concrets sera scrutée de près par la population, les acteurs politiques et les partenaires internationaux. Dossier à suivre.
Léandro S Léonard
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
