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Solino : le gouvernement annonce le retour des habitants, mais l’insécurité continue d’inquiéter sur le terrain

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Fin 2024, le quartier de Solino, à Port-au-Prince, est tombé sous le contrôle de groupes armés. Pillages systématiques, maisons incendiées, affrontements violents : des centaines de familles ont été contraintes de fuir pour échapper aux exactions. En août 2025, ces groupes ont annoncé leur retrait. Depuis, un retour timide s’amorce dans un environnement encore profondément fragilisé.

Entre le 15 et le 18 avril 2026, les autorités haïtiennes ont lancé une phase pilote visant à organiser le retour progressif des habitants dans leur quartier d’origine. Présentée comme une opération encadrée, cette initiative entend faciliter la réintégration des familles déplacées avec l’appui des institutions publiques.

Sur le terrain, des évaluations techniques sont en cours pour mesurer l’état des habitations et déterminer les conditions minimales de réinstallation. Les autorités évoquent une approche progressive axée sur la sécurité, l’accès aux services de base et la relance de la vie communautaire.

Mais derrière ce dispositif, plusieurs zones d’ombre persistent.

Les familles qui reviennent retrouvent, pour beaucoup, des maisons détruites ou lourdement endommagées, ainsi qu’un environnement marqué par les stigmates des violences passées. Les pertes humaines, les traumatismes et les déplacements forcés continuent de peser lourdement sur les dynamiques de retour.

Du côté des habitants, l’envie de rentrer coexiste avec des inquiétudes profondes. La crainte d’une insécurité persistante, l’absence de garanties concrètes et les incertitudes sur la stabilité réelle du quartier freinent une réinstallation durable.

Face à ces préoccupations, les autorités privilégient un discours centré sur l’organisation du retour, sans détailler de manière transparente les mécanismes de sécurisation ni les conditions réelles de maintien de la paix dans la zone.

Ce décalage entre communication institutionnelle et réalité perçue alimente un climat de méfiance.

À Solino, la réinstallation ne se joue pas uniquement dans les annonces officielles, mais dans les séquelles encore visibles des violences, les hésitations des habitants et les défis sécuritaires non résolus. C’est dans cet équilibre fragile que se dessinent les chances de succès ou les risques d’un nouvel échec de ce retour.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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