Haïti : deux journalistes auraient été exécutés par le gang 5 Segond après des soupçons de collaboration avec la police
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L’affaire de l’enlèvement des journalistes Junior Célestin (Radio Télévision Mégastar) et Osnel Espérance (Uni FM) prend une tournure particulièrement troublante. Selon plusieurs sources concordantes, leur enlèvement aurait été orchestré par Johnson André, chef du gang 5 Segond. Les éléments recueillis par Satellite509 décrivent une opération de surveillance ciblée ayant conduit à une exécution présumée, sur fond de soupçons de collaboration avec la police, dans un contexte marqué par l’emprise croissante des groupes armés.
Les deux reporters étaient connus pour couvrir des zones sensibles de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Travaillant régulièrement en binôme, ils intervenaient sur des sujets liés à l’insécurité, aux opérations policières et aux dynamiques des groupes armés.
« Voici un audio attribué à Junior Célestin, dont l’authenticité n’a pas été confirmée de manière indépendante, qui évoquerait des échanges avec un responsable de la police, potentiellement interprétés comme une collaboration. »
Leur présence fréquente dans des zones à haut risque les plaçait au cœur d’un environnement où l’information elle-même devient un enjeu stratégique.
Une traque planifiée : “Yo te deja make yo depi lontan”
Selon une source proche du dossier :
« Sa pa t fèt yon sèl kou. Yo te deja make yo depi lontan. Depi mwa fevriye, yo t ap swiv chak deplasman yo.«
Depuis le 7 février 2026, une taupe infiltrée, se présentant comme journaliste, aurait intégré leur environnement professionnel afin de surveiller leurs activités.
« Moun nan te konn kote yo pase, kiyès yo wè, menm kote yo pran kafe. Se li menm ki te bay premye enfòmasyon yo. »
Un élément déterminant aurait été la prise de photos au sous-commissariat de Carrefour Aéroport, où les deux journalistes apparaissent en interaction avec des policiers.

« Gen foto kote yo ansanm ak polisye yo. Lè foto sa yo rive nan men gang yo, se fini. Yo konsidere sa kòm prèv. »
Ces images auraient été transmises à des groupes armés, qui les auraient associés au “Team Pye Sòl”, perçu comme un réseau de collaboration avec la Police nationale d’Haïti.
Après leur enlèvement le 13 mars 2026, les ravisseurs auraient examiné leurs téléphones.
« Se telefòn nan ki touye yo. Lè yo louvri WhatsApp ak odyo yo, bagay yo vin klè pou gang lan. »
Selon plusieurs sources, des messages et contenus sensibles auraient renforcé les soupçons à leur encontre.
Un audio déterminant : une collaboration interprétée comme une trahison
Un enregistrement attribué à Junior Célestin, en présence de son confrère Osnel, serait au cœur de l’affaire.
Dans cet audio, les deux journalistes communiquent avec un responsable de la police :
« Responsab, responsab… se Megastar. Depi mwen di ou Megastar, gentan konnen se Uni FM. Nou se 2 jounalis pye sol atè… »
Ils y évoquent :
Une opération à Carrefour Fougi (Plaine du Cul-de-Sac)
Le déplacement de groupes armés vers Cité 4 (rue Bonord Prophète)
Des méthodes présumées de dissimulation d’armes
« Ou konnen gen malfini k ap vole… lè y ap vole, ou pa konn kiyès ki mal, kiyès ki femèl… »
La phrase la plus sensible :
« Mwen menm ak Osnel… nou mete tèt ansanm pou kolabore ak Lapolis… «
Ils suggèrent également :
« Demen si Bondye vle, voye 2 cha nan Site 4 pou kontwole espas la… Pou nou konnen, moun sa yo ki antre yo, kilès yo ye. Paske, souvan, lè gen kouri sa yo, nèg yo konn bay fi pote zam pou yo, epi, yo menm, y ap vini aprè, ak de men yo, de pye yo.
Pour les groupes armés, ce type de communication est généralement perçu comme une collaboration directe avec la police, pouvant entraîner des représailles immédiates.
Entre police et gangs : un positionnement à haut risque
Une autre source évoque un environnement complexe :
« Yo pa t sèlman ak lapolis. Gen lè yo bay enfòmasyon bay gang tou. Yo t ap jwe sou de tab. »
Selon ces témoignages :
Des informations auraient circulé vers la police
Mais aussi, à certaines occasions, vers des groupes armés
Ces éléments restent difficiles à vérifier de manière indépendante.
Une tentative d’enlèvement évitée de justesse
Avant leur disparition, les deux journalistes auraient échappé à une tentative d’enlèvement à Delmas 5.
» Yo te deja pran yo nan fil. Se yon moto-taxi ki sove yo dènye minit. »
Un indicateur supplémentaire d’une cible déjà identifiée.
Soupçons de dénonciation interne et infiltration du milieu journalistique
Au-delà des groupes armés, plusieurs sources évoquent une infiltration du milieu journalistique.
Une journaliste expérimentée confie :
» Ce sont des infiltrations directes. Des gens liés aux gangs qui se font passer pour journalistes pour identifier des cibles. »
Elle ajoute :
« Beaucoup de journalistes sur le terrain entretiennent des formes de connivence avec les gangs aussi, volontairement ou sous pression. »
Et conclut :
« Aujourd’hui, je prends mes distances. On ne sait plus à qui faire confiance. »
Exécution présumée : des informations non confirmées
Selon des sources sous anonymat :
« Yo touye yo dimanch 15 mas. Yo pa menm negosye. Se kestyon kolaborasyon an ki fini ak yo. »
Une autre source ajoute :
» Yo demanbre yo, rache ak manchèt… sa se metòd 5 segond nan Village-de-Dieu. »
Le gang “5 Segond”, basé à Village-de-Dieu, est considéré comme l’un des groupes armés les plus violents opérant dans la capitale.
Selon informations depuis le 7 février 2026, les journalistes son sur surveillance et début mars 2026 : tentative d’enlèvement à Delmas 5 et 13 mars 2026 : enlèvement près du stade Sylvio Cator et
15 mars 2026 : exécution présumée selon les sources
Mais au-delà de l’infiltration, un autre élément circule avec insistance dans les discussions internes.
Un nom revient à voix basse.
Celui d’un journaliste basé à Port-au-Prince.
Plusieurs sources évoquent la possibilité qu’une information ait été transmise aux groupes armés depuis l’intérieur même du milieu médiatique.
“Se nan mitan jounalis yo pwoblèm nan soti…”
Dans ces échanges informels, le nom de Yvenson Joinville, journaliste à Radio Télé Zénith, est cité par certains.
“Se li ki livre jounalis yo… depi bagay la pete epi non li site, li pa parèt ankò nan Chanmas.”
À ce stade, aucune preuve formelle ne permet de confirmer ces accusations.
Mais son absence remarquée dans des zones où il était habituellement présent, notamment au Champ de Mars, « Plas Desalin » alimente les interrogations.
Dans un climat déjà marqué par la méfiance, cette piste, qu’elle soit fondée ou non, révèle surtout une chose : la fracture et la suspicion qui traversent aujourd’hui le milieu journalistique.
À ce stade :
La Police nationale d’Haïti (PNH) n’a pas réagi publiquement
Aucune communication officielle du gouvernement n’a été enregistrée
Ce drame intervient dans un contexte marqué par :
1- L’expansion du contrôle des groupes armés
2- La fragmentation du territoire de Port-au-Prince
3- Une pression accrue sur les journalistes couvrant les zones sensibles.
Comme le résume une source :
« Jodi a, an Ayiti, ou pa bezwen fè anyen pou mouri. Sifi yo sispèk ou. »
Djovany Michel
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
