Alix Didier Fils-Aimé écarte Jacques Ader : s’attaquer aux gangs de la 3e circonscription a un prix
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S’attaquer aux gangs en Haïti a un prix. Le commissaire de police de la DDO-1, Jacques Ader, vient d’en faire les frais. Selon des informations recueillies par Satellite509, il a été viré de son poste par le Haut Commandement de la PNH, puis remplacé par Yvon Cantave, dans l’après-midi du mardi 17 mars 2026, sur demande du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Cette décision intervient après qu’il a lancé des opérations musclées contre des groupes armés opérant dans la 3e circonscription de Port-au-Prince, notamment les bandes de Christ-Roi Chéry, alias Krisla, et de 5 Segond, dirigée par Johnson André.

Mais derrière ce limogeage se dessine une réalité plus dérangeante : cette zone n’est pas un simple territoire criminel. Elle constitue un axe stratégique étroitement lié aux intérêts du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et de certaines familles très puissantes à Jacmel, qui profitent de l’insécurité depuis plusieurs années pour s’enrichir, bien avant même son arrivée au pouvoir.
Entrepreneur devenu homme politique, Alix Didier Fils-Aimé est nommé Premier ministre de transition en novembre 2024, avant de s’imposer comme principal dirigeant exécutif début 2026. Pourtant, son ascension politique trouve ses racines bien plus tôt. Candidat sanctionné par les urnes au Sénat de l’Ouest en 2015 sous la bannière Vérité, où il n’obtient que 6,52 % des voix, il a été soutenu par des gangs de la 3e circonscription, qui contrôlaient déjà ce territoire stratégique.
Depuis plus d’une décennie, Alix Didier Fils-Aimé utilise la 3ème circonscription comme corridor pour ses activités commerciales, notamment le transport d’anguilles en provenance du Grand Sud vers l’Ouest. Pour sécuriser ce circuit, il entretient des relations directes avec des groupes armés locaux. Aujourd’hui encore, plusieurs de ses proches collaborateurs au pouvoir sont issus de cette zone sous influence afin de maintenir ces connexions.
Mais le contrôle ne s’arrête pas là.
Le transport vers le Grand Sud d’Haïti est paralysé par l’insécurité depuis plusieurs années, notamment avec le blocage de l’axe principal RN2 à Gressier et Martissant.
Les gangs contrôlent ces zones, imposent des postes de péage et ont forcé l’arrêt total des transports terrestres depuis 2021. Ils continuent d’exercer leur emprise en imposant des taxes aux citoyens : par exemple, à Carrefour, une commune largement sous le contrôle de la bande de Krisla, des paiements sont exigés tant des petites que des grandes entreprises opérant dans ces zones d’influence.
Dans ce contexte, sous le regard d’autorités accusées de passivité, voire de complicité, certains acteurs du secteur privé ont mis en place un système parallèle de circulation des marchandises.
Résultat : les commerçants sont empêchés d’entrer et de sortir librement avec leurs produits. Ils sont contraints de passer par des circuits contrôlés, notamment maritimes, dominés par des propriétaires de bateaux liés à ces réseaux. Les marchandises transitent alors par ces embarcations, où elles sont systématiquement taxées, contrôlée et parfois accaparées par ces réseaux.
Ce mécanisme crée un véritable monopole logistique sur le commerce du Grand Sud, transformant l’insécurité en levier économique au profit d’un cercle restreint.
Aucun motif officiel n’a été avancé pour justifier ce transfert, survenu immédiatement après ses opérations dans une zone sensible liée à des intérêts politiques et économiques.
Contactées par Satellite509, les autorités policières n’ont pas répondu à nos sollicitations.
L’histoire récente en fournit pourtant une illustration frappante. En 2020, après avoir ordonné l’encerclement de Village-de-Dieu pour neutraliser les groupes armés, le ministre de la Justice Me Lucmane Delille est brutalement révoqué. Nommé le 4 mars, il est évincé le 10 juillet 2020, après seulement quatre mois et six jours en fonction.
Le cas Jacques Ader s’inscrit dans cette même logique. Après seulement trois mois à la tête de la Direction Départementale Ouest-1 de la PNH, il est écarté.
En étendant ses opérations de la 3e circonscription jusqu’à Portail Léogâne, le commissaire divisionnaire a directement menacé un système où s’entremêlent intérêts économiques, alliances politiques et contrôle armé du territoire. Il a franchi une ligne rouge.
Sur les réseaux sociaux, la colère de la population ne s’est pas fait attendre :
Woosvelt Noël : « Se avantaj sa leta gen sou nou wi se paske se yo ki mèt tout fòs ki t ka ede nou nan peyi a yo fè chanjman lè yo vle san konsantman pèp la epi yo di w se pou pèp yap travay an verite si pèp ayisyen kite souverènte l ale li pa batay pou li nou mèt tou chache twou lage kò nou paske yap touye anpil nan nou «
Donald Sauve : « kite pèp la pa leve kanpe avan li trò ta nap konn jog »
Enock Sain Jean : « Leta ayisyen pa gen okenn volonte politik pou konbat gang yo nan peyi d Ayiti. Mouvman gang yo se yon politik piblik »
Pendant ce temps, le discours officiel reste inchangé. Alix Didier Fils-Aimé multiplie les déclarations publiques contre les gangs. Mais sur le terrain, les faits racontent une autre réalité : celle d’un pouvoir qui dénonce les gangs à la radio tout en cohabitant avec eux dans l’ombre.
Depuis son ascension au pouvoir, en sa qualité de chef du CSPN, il contrôle les opérations avec drones explosifs. Aucun chef de gang n’a été neutralisé, mais plusieurs centaines de citoyens civils.
En Haïti, ce ne sont pas les gangs qui fixent les limites, ce sont les intérêts qu’ils protègent.
Djovany Michel, journaliste anti-corruption
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
