Haïti – 19 avril 2026 : Alix Didier Fils-Aimé quitte Port-au-Prince en quête de soutien à Washington, tout en exploitant la violence des gangs pour consolider son pouvoir
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Alors que le pays s’enfonce dans une crise sécuritaire et politique sans précédent, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a quitté Haïti ce 19 avril pour une mission officielle aux États-Unis, prévue jusqu’au 24 avril 2026.
Selon un communiqué de la Primature, le chef du gouvernement est accompagné de la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, ainsi que de son conseiller spécial, Me Guerly Leriche. Une délégation restreinte, dans un contexte où la légitimité du pouvoir exécutif est fortement contestée.

Officiellement, cette visite vise à renforcer le dialogue stratégique avec les partenaires internationaux. À Washington, D.C., plusieurs rencontres de haut niveau sont annoncées avec des institutions financières internationales, des organisations régionales et des responsables américains. Le Premier ministre doit également se rendre à New York pour poursuivre ses consultations, notamment auprès de Organisation des Nations Unies.
Mais ce déplacement intervient dans un contexte particulièrement explosif. Sur le terrain, les massacres se multiplient, les gangs armés étendent leur contrôle et des milliers de familles continuent de fuir leurs quartiers. Dans le même temps, le report des élections prévues pour août 2026 renforce les soupçons d’un pouvoir qui s’accroche sans base démocratique claire.
Au lieu de chercher la popularité au sein de la population à travers des décisions concrètes capables d’améliorer les conditions de vie et de rétablir la sécurité, le Premier ministre semble privilégier une stratégie tournée vers l’extérieur, visant à consolider une forme de légitimité internationale face à une légitimité populaire de plus en plus fragile.
À Washington, les discussions devraient porter sur la sécurité, le financement international et la coopération économique. À New York, les échanges avec les Nations Unies devraient s’inscrire dans la continuité des démarches diplomatiques engagées autour de la crise haïtienne. Pourtant, le communiqué reste silencieux sur les engagements précis attendus, les accords envisagés et les résultats concrets espérés pour la population.
Ce déplacement soulève ainsi de nombreuses interrogations dans l’opinion. Aucune précision n’est donnée sur le coût de la mission, ni sur les retombées directes pour le pays. Aucun lien explicite n’est établi entre cette offensive diplomatique et les urgences nationales, notamment la sécurité, la justice et l’organisation des élections.
Dans un contexte où l’État peine à reprendre le contrôle du territoire et à répondre aux attentes fondamentales de la population, cette tournée internationale apparaît, pour beaucoup, comme une tentative de renforcer une reconnaissance extérieure plutôt que de répondre aux exigences internes.
Reste à savoir si cette mission produira des résultats tangibles ou si elle s’inscrira dans une dynamique plus large où la recherche de légitimité à l’international prend le pas sur la reconstruction de la confiance nationale.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
