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Haïti: Seguin attaquée de nouveau, sabotage des communications et affrontements meurtriers, l’État mis au défi dans le Sud-Est

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Une semaine après une attaque ayant fait au moins huit morts, la localité de Seguin, dans la commune de Marigot (Sud-Est), a de nouveau été ciblée ce lundi 20 avril 2026 par une offensive armée. Sabotage des réseaux téléphoniques, affrontements violents avec la police, plusieurs assaillants abattus : la zone est plongée dans un climat de guerre, révélateur de l’extension inquiétante de l’insécurité en province.

Une semaine après une attaque meurtrière, Seguin replonge dans la violence. Selon des informations recueillies par notre rédaction auprès de sources locales et sécuritaires, des individus lourdement armés ont lancé une offensive coordonnée visant à déloger les forces de l’ordre positionnées dans le Grand Quartier de Seguin.

Cette photo a été prise le lundi 13 avril 2026 à Seguin non loin du commissariat.

Dans leur progression, les assaillants auraient délibérément saboté des installations téléphoniques, coupant les communications et isolant la localité du reste du pays. Cette stratégie, de plus en plus utilisée par les groupes armés, vise à ralentir l’arrivée de renforts et à empêcher toute alerte rapide.

Située dans les hauteurs de la commune de Marigot, non loin d’axes reliant plusieurs zones du Sud-Est, Seguin représente un point stratégique. Le contrôle de cette localité pourrait offrir aux groupes armés un avantage logistique, notamment pour sécuriser des couloirs de circulation et étendre leur influence en dehors de la région métropolitaine de Port-au-Prince.

Au cours de la journée du lundi 20 avril, de violents affrontements ont opposé les unités de l’UTAG aux assaillants. Des vidéos amateurs circulant sur les réseaux sociaux montrent plusieurs corps sans vie d’individus armés. Selon des sources locales, un bilan provisoire d’au moins une quinzaine d’assaillants abattus est évoqué, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait encore été publiée.

Plusieurs armes de gros calibre auraient également été saisies par les agents de la Police nationale d’Haïti, selon des informations proches de l’institution. À ce stade, aucun bilan précis n’est disponible concernant d’éventuelles pertes du côté des forces de l’ordre ou des civils.

Cette nouvelle attaque intervient après un premier assaut survenu la semaine précédente, au cours duquel au moins huit personnes avaient été tuées. Repoussés une première fois, les groupes armés ont relancé leur offensive dans la nuit du dimanche 19 au lundi 20 avril 2026, démontrant leur capacité de réorganisation rapide et leur détermination à reprendre le contrôle de la zone.

Sur le plan institutionnel, cette attaque constitue un test immédiat pour le nouveau directeur départemental de la PNH dans le Sud-Est, Villette Appolos. À peine installé, ce dernier s’était récemment rendu dans le Grand Quartier de Seguin pour tenter de rassurer la population, notamment les habitants qui n’avaient pas encore fui malgré l’insécurité persistante.

De son côté, le délégué départemental Jude Pierre Michel Lafontant avait affirmé que les forces de l’ordre gardaient le contrôle de la situation, assurant que Seguin ne deviendrait pas un territoire perdu. Pourtant, la répétition des attaques et la capacité des groupes armés à frapper à nouveau fragilisent ces déclarations et alimentent les doutes au sein de la population.

Sur le terrain, les conséquences sont déjà visibles. Des habitants vivent terrés chez eux, d’autres envisagent de fuir la zone, tandis que les activités économiques et sociales tournent au ralenti. L’isolement provoqué par la coupure des communications renforce le sentiment d’abandon et complique toute réponse d’urgence.

À ce stade, aucune communication officielle détaillée n’a été rendue publique par les autorités centrales sur cette nouvelle offensive, un silence qui contraste avec la gravité de la situation sur le terrain.

Au-delà de Seguin, cette attaque illustre une tendance préoccupante : l’expansion progressive des groupes armés vers les régions de province. Longtemps concentrée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, la violence semble désormais s’étendre vers des zones stratégiques du pays, mettant à l’épreuve la capacité réelle de l’État à contenir cette progression.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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