ONA : plainte à l’ULCC, demande de révocation de Lovely François et soupçons sur plus de 14 millions de gourdes
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La pression s’intensifie autour de la gestion de l’Office National d’Assurance-Vieillesse (ONA). Plusieurs organisations de la société civile ont officiellement saisi les autorités haïtiennes afin de réclamer l’ouverture d’enquêtes sur de présumés faits de corruption et de mauvaise gestion au sein de l’institution. Elles demandent également la révocation immédiate de la directrice générale, Lovely François.
Dans une correspondance adressée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, les organisations signataires dénoncent une série de pratiques qu’elles jugent contraires aux principes de transparence et de bonne gouvernance. Elles évoquent notamment des dépenses excessives, des contrats attribués dans des conditions opaques, des voyages à l’étranger financés avec les ressources de l’ONA ainsi que l’utilisation présumée des fonds de l’institution à des fins étrangères à sa mission première.
Parallèlement, l’organisation Ansanm Kont Enpinite ak Koripsyon (AKEK) a adressé, le 30 mai 2026, une lettre officielle à l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) afin de solliciter l’ouverture d’une enquête approfondie sur plusieurs opérations financières réalisées par l’administration actuelle de l’ONA.

Au cœur des dénonciations figure une activité organisée le 29 mai 2026 au Club Flume, à Delmas 75, dans le cadre de la Fête des Mères. Selon les informations communiquées à l’ULCC, un montant estimé à plus de 14 millions de gourdes aurait été engagé pour la réalisation de cet événement. Les auteurs de la plainte affirment qu’à ce jour, aucune justification administrative ou financière crédible n’a été rendue publique pour expliquer l’utilisation de ces fonds.
Comme si cela ne suffisait pas, une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux montre la directrice générale de l’ONA, Lovely François, en train de danser lors d’une activité organisée par l’institution. Ces images, apparues au moment où se multiplient les accusations de gaspillage de fonds publics et de mauvaise gestion, ont provoqué de nombreuses réactions. Pour plusieurs observateurs, elles illustrent le décalage entre l’ambiance festive affichée par la direction et les graves interrogations soulevées sur l’utilisation de millions de gourdes provenant des cotisations des travailleurs haïtiens.

Selon les organisations signataires, l’accumulation des controverses entourant l’administration actuelle met directement en péril la crédibilité de l’ONA et la confiance des cotisants. Elles rappellent que l’institution gère les économies et les pensions de milliers de travailleurs haïtiens et que chaque dépense devrait répondre aux plus strictes exigences de transparence et de responsabilité.
Face à ce qu’elles qualifient de dérive administrative et financière, les organisations réclament un audit financier, administratif et opérationnel complet de l’ONA. Elles demandent également aux autorités compétentes de vérifier la régularité des contrats, des dépenses et des décisions prises sous la direction de Lovely François.
Pendant que les dénonciations de corruption, les demandes d’enquête de l’ULCC et les appels à sa révocation se multiplient, Lovely François danse en toute quiétude. Une sérénité qui, pour de nombreux observateurs, témoigne de la confiance qu’elle semble accorder à ses soutiens et protecteurs au sein du pouvoir malgré la tempête qui secoue l’ONA.
Mais la revendication principale demeure son départ immédiat de la tête de l’institution. Les signataires estiment que sa révocation constitue une mesure indispensable pour garantir l’indépendance des éventuelles enquêtes et restaurer la confiance du public dans l’administration de l’ONA.
Alors que les accusations de corruption, de favoritisme et de mauvaise gestion se multiplient, la balle est désormais dans le camp de la Primature et des organismes de contrôle de l’État. Le dossier de l’ONA pourrait devenir l’un des principaux tests de crédibilité des autorités dans leur volonté affichée de lutter contre la corruption et l’impunité au sein des institutions publiques.
Pour les organisations mobilisées, une chose est claire : les fonds issus des cotisations des travailleurs haïtiens ne peuvent être utilisés sans transparence ni reddition de comptes. Elles attendent désormais des réponses concrètes de la part du gouvernement et de l’ULCC.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
