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CAS : employés et bénéficiaires victimes d’un système de détournement de chèques, une plainte vise Johny Raphael, présenté comme le chef du réseau

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Une plainte formelle déposée auprès du parquet de Port-au-Prince met en cause le directeur technique de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS), Johny Raphael, accusé d’avoir mis en place un système organisé de détournement de chèques visant aussi bien des prestataires que des citoyens vulnérables et même des employés de l’institution.

La plainte, adressée le 21 avril 2026 au Commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Patterson Dorval, vise Johny Raphael, ainsi que Wilinsky Dieujuste et Yvens François, pour leur implication présumée dans un système de détournement de chèques d’employés et de bénéficiaires au sein de la CAS.

Selon les éléments consignés dans cette plainte, le citoyen Bernard Jean Louis, prestataire en climatisation sous contrat avec la CAS pour un montant mensuel de 35 000 gourdes, affirme avoir été victime d’un détournement de son chèque de salaire du mois de décembre 2025. Bien que le paiement ait été effectué par le Ministère de l’Économie et des Finances, le chèque ne lui aurait jamais été remis. Il aurait été récupéré et encaissé sans son consentement par un tiers identifié comme Yvens François, présenté comme proche collaborateur du directeur technique.

D’après des informations concordantes recueillies par notre rédaction, ce cas ne serait pas isolé. Il s’inscrirait dans un mécanisme bien rodé au sein de la CAS, où des chèques destinés à des bénéficiaires ou à des agents seraient systématiquement interceptés, redirigés et encaissés à l’aide d’un réseau interne structuré sans l’autorisation du propriétaire du chèque. Le comptable en chef, Wilinsky Dieujuste, aurait reconnu que le chèque en question ne se trouvait pas à la comptabilité, avant d’indiquer qu’il était détenu par un tiers sans aucune base légale. Ce transfert aurait été effectué sur instruction directe du directeur technique Johny Raphael.

Lorsque le bénéficiaire a tenté d’obtenir des explications, il aurait été empêché d’accéder au bureau du directeur, sur instruction du service de sécurité. Ses démarches seraient restées sans réponse, tandis qu’il lui était confirmé en interne que le chèque avait déjà été encaissé. Des documents consultés par notre rédaction, notamment des copies de correspondances et d’éléments administratifs, corroborent ces affirmations et laissent apparaître des irrégularités graves dans la gestion des paiements.

Plusieurs sources internes contactées par Satellite509 évoquent un climat de peur au sein de l’institution, où des employés affirment que des pratiques similaires auraient déjà été observées, touchant notamment des fonds destinés à des citoyens en situation de précarité. Selon ces témoignages, un réseau interne utiliserait des proches et des intermédiaires pour détourner des chèques et en capter les montants, en toute opacité.

Sur la photo, le directeur de la CAS, Johny Raphaël, est debout en costume, tandis que le comptable en chef, Wilinsky Dieujuste, est assis, portant des lunettes.

Ces accusations prennent une dimension encore plus préoccupante lorsqu’elles sont replacées dans le contexte historique de la CAS. L’institution traîne une réputation persistante de corruption au sommet. En 2023, l’ancienne directrice Edwine Tonton avait été arrêtée pour son implication présumée dans des faits de détournement de fonds publics, à la suite d’un rapport de l’ULCC, avant d’être libérée provisoirement en 2024 pour raisons humanitaires. Plus récemment, en janvier 2025, l’ancien directeur général Elionor Devallon avait été arrêté par la DCPJ pour corruption présumée et liens supposés avec des groupes armés, notamment le gang « Viv Ansanm ». Ces précédents illustrent une continuité troublante dans la gestion de la CAS.

Dans ce contexte, les accusations visant Johny Raphael renforcent les soupçons d’un système enraciné, où les changements de direction ne semblent pas mettre fin aux pratiques dénoncées, mais plutôt les perpétuer à travers de nouveaux réseaux internes.

Les faits dénoncés pourraient relever de qualifications pénales graves, notamment détournement de biens publics, abus de fonction, concussion, faux et usage de faux, voire association de malfaiteurs, conformément à la loi haïtienne du 9 mai 2014 sanctionnant la corruption.

Contactée par notre rédaction, la direction de la CAS n’a donné aucune suite aux sollicitations, alimentant davantage les interrogations sur l’ampleur du système dénoncé et sur d’éventuelles protections au sein de l’appareil administratif. La question reste entière : ces pratiques se déroulent-elles avec la passivité ou la complicité des autorités de tutelle ?

Au-delà d’un simple cas de chèque détourné, cette affaire met en lumière une dérive grave : une institution censée assister les plus démunis se retrouve accusée de spolier précisément ceux qu’elle est censée protéger. Si les faits sont établis, ils traduisent une transformation inquiétante de la CAS en un mécanisme de captation des ressources publiques au profit d’un réseau organisé.

Face à ces révélations, le plaignant demande l’ouverture immédiate d’une action publique, l’application de mesures coercitives contre les personnes impliquées et la reconnaissance de son statut de partie civile. Dans un pays marqué par l’impunité, ce dossier constitue un test pour la justice haïtienne.

Car derrière ces accusations, c’est une réalité brutale qui se dessine : des chèques destinés aux plus vulnérables et aux travailleurs sont détournés au cœur même de l’État. Et tant que ces pratiques resteront impunies, la corruption continuera de s’enraciner dans les institutions publiques haïtiennes.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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