Haïti : Alix Didier Fils-Aimé condamne l’attaque contre Trump mais reste silencieux sur les massacres et les cris des ouvriers
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Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a été parmi les premiers à condamner l’agression survenue le 25 avril contre le président Donald Trump. Une rapidité de réaction qui soulève l’indignation alors que, depuis des mois, des Haïtiens sont massacrés, déplacés, pris en otage par l’insécurité, pendant que les ouvriers crient leur détresse dans les rues sans réponse du pouvoir.
Cette prise de position ravive une accusation récurrente : un pouvoir plus empressé de s’aligner sur les puissants qu’à répondre aux urgences nationales.
Post publié sur X, dans la matinée du 26 avril 2026, par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé condamnant l’attaque contre le président Donald Trump, tout en gardant le silence face à la crise sécuritaire haïtienne.
Car pendant que le chef du gouvernement trouve sa voix pour dénoncer une attaque à l’étranger, son silence persiste face aux drames qui ensanglantent Haïti. Des massacres se succèdent dans plusieurs zones du pays, des familles fuient leurs quartiers sous la terreur des groupes armés, et des milliers de déplacés survivent dans des conditions inhumaines sans réponse structurelle de l’État.
Le contraste choque d’autant plus qu’au même moment, les ouvriers haïtiens multiplient les mobilisations pour exiger une augmentation du salaire minimum. Le 21 avril 2026, les tensions autour de CODEVI ont illustré cette colère sociale, sur fond de revendications pour 3 000 pesos par journée de travail. À Ouanaminthe comme dans les zones industrielles, les cris des travailleurs dénoncent un modèle où un salaire journalier ne couvre même plus le coût de survie, tandis que les prix du carburant ont encore explosé depuis le 2 avril 2026.

Pour beaucoup, ce silence face aux ouvriers rejoint celui observé après les vagues de massacres qui ont marqué ces derniers mois. Chaque tuerie suscite deuil, indignation, exodes forcés, mais rarement une parole politique à la hauteur du drame.
Les critiques voient dans cette hiérarchisation des indignations le symbole d’un pouvoir déconnecté : prompt à réagir lorsqu’il s’agit de rassurer des centres de pouvoir étrangers, mais absent lorsque la population réclame protection, pain et dignité.
Ce message du Premier ministre renforce ainsi, pour ses détracteurs, l’image d’un dirigeant prêt à s’agenouiller devant les puissants pour préserver un pouvoir maintenu par le chaos, au prix de l’abandon de la population.
Pendant que les déplacés fuient, que les ouvriers réclament justice sociale et que le pays enterre ses morts, une question revient : pourquoi tant de voix officielles pour les crises extérieures, et si peu pour les massacres et la faim en Haïti ?
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
