Crise aux Douanes : pendant que des employés restent impayés depuis huit mois, l’appel de Gérald Remplais à la police est dénoncé comme une intimidation
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Haïti : pendant que des employés restent impayés depuis huit mois, Gérald Remplais appelle la police contre la contestation aux Douanes
La crise à l’Administration générale des Douanes (AGD) a franchi un cap inquiétant. Alors que des dizaines de pères et mères de famille dénoncent près de huit mois sans salaire, le directeur général des Douanes, Gérald Remplais, a choisi de solliciter l’intervention de la Police nationale d’Haïti contre les employés mobilisés, selon une correspondance officielle #001331 datée du 27 avril 2026 adressée au directeur général a.i. de la PNH, Vladimir Paraison.

Dans cette lettre, Remplais décrit les protestataires comme des individus ayant envahi les locaux, perturbé le circuit informatique, interrompu des opérations douanières et troublé l’ordre au sein de l’institution. Il réclame l’appui de la police et de l’unité de surveillance douanière pour rétablir le calme.
Mais derrière cette version administrative, une autre réalité éclate : celle d’employés affirmant survivre depuis des mois sans traitement, pendant que leurs revendications restent sans réponse.
Selon la note de dénonciation publiée le 27 avril 2026 par le RHAJAC, cette colère sociale prend racine dans une gestion accusée de corruption, de clientélisme et de pillage institutionnel. Le réseau affirme que sous Gérald Remplais, plus de 1 500 conteneurs abandonnés auraient été vendus sans inspection, alors que certains contiendraient des produits prohibés et des véhicules volés en provenance des États-Unis, dont certains auraient été démolis ou munis de numéros de série trafiqués avant leur écoulement.
La note dénonce aussi un système de favoritisme marqué par près de 400 nouvelles intégrations liées à un réseau clientéliste, pendant que 350 anciens contractuels, pour plusieurs au service de l’institution depuis plus de dix ans, seraient laissés sans salaire depuis huit mois, sans régularisation et sous menace d’être remplacés.

C’est ce contraste qui alimente aujourd’hui l’indignation : pendant que des familles d’employés s’enfoncent dans la précarité, la réponse du directeur général semble passer par la police plutôt que par le paiement des arriérés.
Pour les critiques, l’appel aux forces de l’ordre ne serait pas une réponse à une menace sécuritaire, mais une tentative de contenir une colère née d’une crise sociale et administrative profonde.
Le RHAJAC va plus loin et réclame :
1- le départ immédiat de Gérald Remplais ;
2- la suspension des ventes de conteneurs abandonnés ;
3- un audit sur les nominations ;
4- le paiement et la nomination des contractuels lésés ;
5- des poursuites visant également Rémy Pierre et Frantz Jean-Baptiste alias Nono et Markendy Verneau, cités dans la note.
L’épisode met surtout en lumière une accusation politiquement lourde : une administration accusée de tolérer le favoritisme, d’ignorer des travailleurs impayés et de répondre à leur détresse par la répression.
Pour beaucoup, la question devient morale autant qu’institutionnelle : comment mobiliser la police contre des employés impayés depuis huit mois quand plusieurs sont des mères et des pères de famille étranglés par la survie ?
Ce 27 avril, deux documents se répondent et dessinent le portrait d’une crise majeure :
d’un côté, une note exigeant le départ d’un directeur général accusé de dérives graves ;
de l’autre, une lettre appelant la police contre des employés réclamant de quoi vivre.
Et entre les deux, une accusation qui prend de l’ampleur : l’insensibilité d’un pouvoir administratif face à la détresse sociale.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
