Haïti : Une jeune femme abattue en plein jour après une altercation liée à l’entourage d’un chef de gang
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La localité de Terre-Noire, dans la plaine du Cul-de-Sac, a une nouvelle fois été le théâtre d’un acte de violence extrême le dimanche 26 avril 2026, en pleine journée. Dans cette zone sous l’influence des chefs de gang « Ti Katel » et Jones, un meurtre brutal est venu rappeler la précarité alarmante de la vie quotidienne pour les habitants.
Selon les informations recueillies auprès de témoins sur place, le drame trouve son origine dans une altercation entre deux jeunes femmes. D’un côté, Jenny, présentée comme la compagne d’un individu surnommé « San May » ; de l’autre, Rodphanie Alexandre, connue dans la zone sous le nom de Phaphoune. La dispute, dont les circonstances exactes restent floues, aurait rapidement dégénéré, attirant l’attention de « San May », décrit comme un membre influent du groupe armé dirigé par « Ti Katel ».

Toujours d’après les témoignages, l’homme aurait interprété l’incident comme une atteinte directe à son autorité ou à celle de son entourage. Quelques instants plus tard, il serait intervenu, arme à la main, et aurait ouvert le feu à bout portant sur la jeune Phaphoune, en pleine rue, sous les yeux de riverains impuissants. La victime a succombé sur place, sans aucune possibilité de secours.
Dans les heures qui ont suivi, un climat de panique s’est installé dans la zone. Plusieurs habitants ont préféré se cloîtrer chez eux, redoutant d’éventuelles représailles ou une escalade de violence. Des sources locales évoquent également des difficultés d’accès pour d’éventuels secours, la zone étant largement contrôlée par des hommes armés.
La famille de la victime, plongée dans une profonde détresse, lance un appel pressant aux responsables du groupe armé afin d’obtenir la restitution du corps. Elle craint que celui-ci ne soit retenu, une pratique déjà signalée dans certaines zones sous contrôle de gangs, empêchant ainsi l’organisation de funérailles dignes.
Au sein de la population, l’indignation est palpable. Des habitants dénoncent une situation devenue insoutenable, où le moindre conflit peut se solder par une exécution sommaire. « La vie ne vaut plus rien ici », confie un riverain, encore sous le choc. Beaucoup pointent du doigt l’absence totale de l’État et l’impossibilité pour les citoyens de bénéficier de la moindre protection.
Ce drame illustre, une fois de plus, l’emprise grandissante des groupes armés sur une large partie de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, où l’autorité publique est largement contestée, voire inexistante dans certains quartiers.
Les critiques se multiplient également à l’encontre des autorités. Le chef du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), Alix Didier Fils-Aimé, est accusé par certains citoyens d’un manque de leadership face à la crise sécuritaire. De son côté, le directeur général de la Police nationale d’Haïti, André Jonas Vladimir Paraison, ainsi que le responsable départemental Xavier Séide, sont également vivement critiqués, notamment en raison de la proximité de leurs bureaux avec certaines zones touchées par ces violences, sans que cela ne se traduise par des interventions concrètes.
Pour de nombreux citoyens, ces responsables incarnent aujourd’hui une forme d’impuissance institutionnelle face à la montée en puissance des gangs. En attendant des actions tangibles, la population continue de vivre dans la peur, abandonnée à une violence devenue presque ordinaire.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
