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La presse haïtienne commémore une fois de plus dans la douleur et le calvaire le prix de sa liberté

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Ce 3 mai 2026 marque la Journée mondiale de la liberté de la presse, une date instituée par l’ONU en 1993 pour rappeler que le droit d’informer est un pilier de la démocratie. En Haïti, cette célébration prend un goût amer tant l’exercice du métier de journaliste s’apparente à un parcours du combattant. Entre l’opacité administrative et la violence physique, les professionnels de l’information en Haïti évoluent dans un environnement où la vérité devient une denrée de plus en plus périlleuse à obtenir.

​L’un des obstacles majeurs en Haïti demeure l’accès à l’information publique. Malgré les discours officiels, les canaux de communication institutionnels restent verrouillés, forçant les journalistes à une quête permanente pour vérifier de simples faits. Cette rétention d’informations par les autorités entrave non seulement la transparence, mais fragilise également le droit des citoyens à être informés de manière rigoureuse, plongeant souvent la presse haïtienne dans un climat de méfiance et de rumeurs incontrôlées.

journalistes haïtiens couvrant une conférence de presse lors de la pandémie du Covid_19

Au-delà des barrières administratives, l’insécurité généralisée fait des journalistes des cibles privilégiées. Les tragiques événements du 24 décembre 2024, lors de la réouverture de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), illustrent cette vulnérabilité. Le cas de Jocelyn Justin est emblématique de cette précarité : grièvement blessé lors du drame et se trouve toujours à Cuba où il attend encore que le ministre de la Santé actuel, le Dr Sinal Bertrand, honore les engagements financiers pour sa dernière chirurgie.

​La menace ne vient pas seulement des institutions, mais aussi de la puissance dévastatrice des gangs armés qui règnent en maître sur la capitale haïtienne au mépris du chef du CSPN, Alix Didier Fils-Aimé et de André Jonas Vladimir Paraison, chef de la PNH. Pas plus tard que le 13 mars 2026, les journalistes Osnel Espérance (Uni FM) et Junior Célestin (Megastar) ont été enlevés en plein cœur de Port-au-Prince par des membres de la coalition « Viv Ansanm » pendant un reportage. À cette terreur criminelle s’ajoute la brutalité policière, comme en témoigne l’agression au gaz lacrymogène subie par Harold Vil le 1er mai dernier alors qu’il couvrait une manifestation. Sans parler du journaliste sportif Jean-Brunet Bontemps qui a été mortellement atteint par balles dans la soirée du 1er mai 2026 à Port-au-Prince, près de son domicile.

​En somme, la réalité de la presse haïtienne de cette dernière décennie est celle d’une résistance héroïque face à une violence multidimensionnelle. Si la liberté de la presse est un principe universel, en Haïti, elle reste encore une conquête quotidienne et douloureuse. Sans une protection réelle des acteurs médiatiques et une ouverture sincère des institutions, le 3 mai demeurera, pour les journalistes haïtiens, une journée de deuil et de revendication plutôt qu’une véritable célébration.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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