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Succès des enchères de certains biens mal acquis en République Dominicaine : Un modèle qui interpelle Haïti

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​La première vente aux enchères publique organisée par l’Institut national de garde et d’administration des biens saisis et confisqués (Incabide) en République Dominicaine s’est clôturée durant la journée du mercredi 13 mai 2026 sur un succès financier majeur. Avec un chiffre d’affaires total de 562 835 000 pesos, l’événement a transformé l’auditorium Ricardo Michel de l’Université autonome de Saint-Domingue en un véritable centre d’affaires, où investisseurs et citoyens se sont disputé des biens issus d’activités illicites selon ce qu’a rapporté ce jeudi 14 mai le journal dominicain Diario Libre.

​Le catalogue proposé reflétait l’ampleur des saisies effectuées par l’État dominicain, indique le journal. Sur les 143 biens mis en vente, incluant des appartements de luxe, des avions, des yachts de plaisance et des montres haut de gamme, 100 articles ont trouvé preneurs, soit un taux de réussite de 68 %. Le secteur immobilier a dominé les transactions, générant à lui seul plus de 550 millions de pesos, marquant une volonté claire de réintégrer ces actifs dans l’économie formelle.

Photo montrant Manuel Oviedo Estrada, le directeur exécutif de l’INCABIDE lors de l’annonce de la première vente aux enchères des biens mal acquis pour l’année 2026

Cette transparence et cette efficacité administrative contrastent violemment avec la situation en Haïti. De ce côté-ci de la frontière, la gestion des biens saisis chez les narcotrafiquants et les criminels de haut vol, souvent extradés vers les États-Unis, demeure une opacité totale. Alors que la République voisine transforme le fruit du crime en ressources pour le Trésor public, Haïti semble incapable de rendre compte de la destination finale des maisons de luxe, voitures de luxe et autres actifs saisis par les autorités.

​L’absence d’une vraie régulation et de mécanismes de vente aux enchères publiques en Haïti concernant ces types de biens alimente une véritable « part d’ombre ». Une fois les scellés apposés, le destin de ces biens devient incertain : pillages, occupations illégales par des proches du pouvoir ou dégradation rapide par manque d’entretien. Contrairement à l’Incabide dominicain, les institutions haïtiennes ne disposent pas d’un cadre transparent pour liquider ces avoirs au profit de la communauté ou de projets sociaux.

​En fin de compte, l’exemple dominicain souligne une urgence pour l’État haïtien : celle de passer de la simple confiscation à une gestion administrative rigoureuse. Tant qu’un cadre légal et public ne sera pas établi pour réguler ces richesses mal acquises, les biens saisis continueront de s’évaporer dans les couloirs de la corruption, privant le pays de ressources pourtant essentielles à son développement.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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