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Aucun territoire reconquis, aucun chef de gang arrêté : Alix Didier Fils-Aimé veut pourtant parler d’élections pour masquer son échec à rétablir la sécurité

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Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a lancé, ce jeudi 14 mai 2026, à l’hôtel Montana, à Pétion-Ville, un programme national de formation piloté par le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP). Destiné aux autorités judiciaires et aux forces de l’ordre, ce projet vise officiellement à sécuriser les prochaines élections et à redonner une apparence de crédibilité au processus électoral dans un pays plongé dans l’effondrement institutionnel.

Le gouvernement annonce une phase pilote à Port-au-Prince, Petit-Goâve et Croix-des-Bouquets avant un déploiement dans les 146 communes du pays. Les autorités promettent également une enveloppe de trois milliards de gourdes destinée aux partis politiques ainsi que la création d’un pôle judiciaire spécialisé dans les crimes financiers.

Photo du Premier Ministre, Alix Didier Fils-Aimé ce jeudi 14 mai 2026, lors du lancement de programmation de formation sur la sécurité électorale.

Mais derrière cette opération politique largement médiatisée, plusieurs contradictions majeures sautent aux yeux. Aucun territoire stratégique n’a réellement été reconquis par l’État, aucun chef de gang influent n’a été neutralisé et plusieurs zones visées par ce programme restent sous domination armée. À Port-au-Prince comme à Croix-des-Bouquets, des commissariats, tribunaux et infrastructures publiques fonctionnent encore sous menace permanente des groupes criminels.

Dans ces conditions, vouloir organiser des formations sur la sécurité électorale apparaît pour plusieurs observateurs comme une tentative de vendre l’illusion d’un retour à la normalité alors que l’État peine toujours à imposer son autorité. Sans reprise effective du contrôle territorial par la Police nationale d’Haïti (PNH), ce programme risque de rester largement théorique.

L’annonce d’un futur pôle judiciaire contre les crimes financiers soulève également de sérieuses inquiétudes. L’injection de trois milliards de gourdes dans le financement politique, dans un pays gangrené par la corruption et l’infiltration criminelle, fait craindre un vaste mécanisme de détournement de fonds publics. À ce stade, le gouvernement n’a présenté ni mécanisme indépendant de contrôle, ni système transparent de répartition des fonds.

Plusieurs critiques estiment que lancer une structure spécialisée contre les crimes financiers en pleine période préélectorale, sans réforme profonde de la justice ni magistrats spécialisés suffisamment formés, risque surtout de produire un outil politique symbolique sans réel impact sur les réseaux de corruption.

La faisabilité du projet soulève aussi de lourdes interrogations. Le gouvernement n’a fourni aucun détail concret sur les ressources financières permettant d’assurer la formation et la sécurisation du processus dans les 146 communes du pays, alors qu’Haïti traverse une crise économique et budgétaire majeure.

Former des acteurs judiciaires et sécuritaires dans un pays paralysé par les violences armées, les déplacements massifs de population et l’effondrement des infrastructures publiques représente un défi colossal. Sans amélioration rapide de la situation sécuritaire, ce programme pourrait rejoindre la longue liste des annonces politiques restées sans effet concret sur la réalité du pays.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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