Mairie de Delmas : Wilson Jeudy piétine la gourde en imposant le dollar dans les services publics
4 min read
Une nouvelle controverse secoue la Mairie de Delmas dirigée par Wilson Jeudy. Un document administratif officiel devenu viral révèle qu’une structure publique relevant de cette mairie facture ses services en dollars américains, en pleine catastrophe économique et sociale, alors que la majorité écrasante de la population survit péniblement en gourdes dévaluées.
La facture pro forma, émise le 11 mai 2026 par la Bibliothèque municipale de Delmas et signée par sa directrice Stéphanie Prien, fixe à 3 700 dollars américains le coût de location d’un espace et de plusieurs matériels destinés à une activité prévue le 26 juillet 2026. Cour extérieure, chaises, tables, tente et système de sonorisation : tout est tarifé directement en devise étrangère.

Pour de nombreux citoyens, ce document représente bien plus qu’une simple facture administrative. Il symbolise le mépris grandissant de certaines institutions publiques envers la gourde et envers une population déjà étranglée par la faim, l’inflation et l’effondrement du pouvoir d’achat.
Dans un pays où les salaires sont versés en gourdes, où des milliers de familles ne parviennent même plus à couvrir leurs besoins essentiels, voir une mairie afficher officiellement ses prix en dollars américains est perçu comme une gifle infligée au peuple haïtien. Plusieurs observateurs dénoncent une administration municipale complètement déconnectée de la réalité sociale du pays.
Cette affaire ravive également les critiques contre la dollarisation progressive d’Haïti. Alors que la gourde continue de perdre de sa valeur et que la population s’enfonce dans la misère, certaines institutions publiques semblent désormais abandonner toute défense de la monnaie nationale pour fonctionner selon les règles d’une économie parallèle dominée par le dollar américain.

Pour plusieurs économistes et critiques, cette pratique contribue directement à affaiblir davantage la gourde et à accentuer les inégalités sociales. Car pendant qu’une minorité ayant accès aux devises étrangères peut encore accéder à certains services, la grande majorité des citoyens se retrouve progressivement exclue même des espaces publics.
De nombreux jeunes, associations culturelles et organisations communautaires dénoncent également des tarifs jugés totalement inaccessibles pour des activités locales. Pour eux, cette politique transforme des infrastructures publiques censées servir la collectivité en espaces réservés à une élite capable de payer en dollars américains.
Au-delà du scandale monétaire, cette polémique expose surtout un profond malaise institutionnel. Pendant que le peuple lutte quotidiennement contre l’insécurité, le chômage massif et l’effondrement économique, certaines administrations publiques donnent l’impression de fonctionner comme des entreprises privées cherchant avant tout à maximiser leurs revenus en devise étrangère.
Cette révélation intervient dans un contexte particulièrement explosif marqué par la paralysie de plusieurs institutions publiques, la dégradation continue des conditions de vie et la perte de confiance généralisée envers les autorités. Dans ce climat déjà extrêmement tendu, l’image d’une mairie haïtienne facturant officiellement ses services en dollars américains apparaît pour beaucoup comme une provocation de trop.
Face à l’indignation grandissante, plusieurs citoyens réclament désormais des explications publiques du maire Wilson Jeudy. D’autres s’interrogent ouvertement sur la légalité d’une telle pratique au sein d’une institution publique haïtienne.
Pourquoi une mairie financée indirectement par les contribuables haïtiens affiche-t-elle ses tarifs en devise étrangère au lieu de la monnaie nationale ?
La Mairie de Delmas dispose-t-elle d’une base légale pour imposer ou afficher officiellement des prix en dollars américains ?
Les fonds collectés sont-ils encaissés directement en dollars ?
Pour une partie grandissante de l’opinion publique, cette affaire illustre surtout une réalité devenue alarmante : pendant que le peuple haïtien sombre dans la pauvreté, certaines institutions publiques semblent désormais tourner le dos à la gourde et gouverner pour une minorité vivant au rythme du dollar américain.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
