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« Yo achte Vertilaire ak yon Rolex » : Moïse Jean-Charles dénonce Alix Didier Fils-Aimé d’avoir corrompu son représentant au CPT pour rester au pouvoir

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De nouvelles accusations explosives viennent secouer la transition haïtienne déjà fragilisée par les scandales de corruption, les luttes internes de pouvoir et les soupçons de marchandage politique au sommet de l’État. Cette fois, c’est l’ancien sénateur Moïse Jean-Charles qui accuse directement le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé d’avoir utilisé des cadeaux de luxe, des avantages personnels et des facilités diplomatiques afin d’empêcher sa révocation au sein du Conseil présidentiel de transition durant janvier 2026.

Intervenant sur Radio Méga ce matin 21 mai 2006, dans l’émission Booster, Moïse Jean-Charles affirme qu’Alix Didier Fils-Aimé aurait offert une montre Rolex à l’épouse d’Emmanuel Vertilaire, « très heureuse », ainsi qu’un véhicule flambant neuf afin d’obtenir son soutien politique au moment où une majorité du CPT voulait renvoyer le chef du gouvernement pour « incompétence ».

Selon l’ancien sénateur, deux visas américains auraient également été facilités pour les enfants de Vertilaire Emmanuel dans le cadre de ce qu’il présente comme une opération politique destinée à maintenir Alix Didier Fils-Aimé au pouvoir malgré la contestation interne au sein de la transition.

Moïse Jean-Charles lors d’une intervention publique, au cœur des nouvelles tensions politiques autour des accusations de corruption et de manipulation du pouvoir en Haïti.

Ces accusations provoquent d’autant plus de réactions qu’Emmanuel Vertilaire représentait au sein du Conseil présidentiel de transition le parti Pitit Desalin dirigé par Moïse Jean-Charles lui-même. Pour plusieurs observateurs, ces déclarations ressemblent à un aveu public de rupture totale entre le leader politique et son ancien représentant au CPT.

Pour Moïse Jean-Charles, le comportement d’Emmanuel Vertilaire lors de la crise politique du 23 janvier 2026 constituerait l’un des principaux indices de ce basculement. Alors qu’une majorité du CPT annonçait vouloir révoquer Alix Didier Fils-Aimé de la Primature, Vertilaire Emmanuel s’était absenté de la conférence de presse avant d’apparaître publiquement aux côtés du chef du gouvernement lors de la cérémonie de graduation de la 35e promotion de la Police nationale d’Haïti.

Le 23 janvier 2026, plusieurs médias rapportaient pourtant que des membres influents du CPT, notamment Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, affirmaient maintenir une résolution visant à révoquer le Premier ministre. Quelques heures plus tard, le maintien d’Alix Didier Fils-Aimé au pouvoir alimentait déjà de fortes interrogations sur d’éventuelles négociations internes et des pressions politiques au sein de la transition.

Emmanuel Vertilaire, ancien représentant du parti Pitit Desalin au Conseil présidentiel de transition (CPT), au centre des révélations de Moïse Jean-Charles.

Depuis cette crise politique, aucune amélioration majeure n’a été observée dans le pays. Les élections restent bloquées, l’insécurité continue de ravager plusieurs régions, les gangs armés renforcent leur contrôle sur des territoires stratégiques, tandis que l’administration publique s’enfonce dans la paralysie et les scandales. Malgré les promesses de transition et de redressement, Alix Didier Fils-Aimé conserve le contrôle du pouvoir pendant que le pays sombre davantage dans le chaos politique, institutionnel et sécuritaire.

L’ancien sénateur accuse également Claude Joseph d’avoir rejoint le camp du Premier ministre de facto dans ce qu’il décrit comme une recomposition politique soutenue par des intérêts économiques puissants et des réseaux cherchant à conserver le contrôle de l’appareil d’État malgré l’effondrement généralisé du pays.

Ces nouvelles accusations interviennent alors que le CPT demeure déjà éclaboussé par plusieurs scandales, notamment l’affaire de la BNC dans laquelle Emmanuel Vertilaire, Smith Augustin et Louis Gérald Gilles avaient été cités dans un rapport de l’ULCC autour d’allégations de sollicitation de 100 millions de gourdes.

Les accusations de Moïse Jean-Charles prennent une dimension particulièrement explosive puisqu’elles visent directement l’ancien représentant de son propre parti au sein du CPT. Pour plusieurs observateurs, ces déclarations renforcent les soupçons selon lesquels le maintien d’Alix Didier Fils-Aimé à la Primature aurait reposé sur des arrangements politiques opaques, des privilèges et des négociations clandestines bien loin des intérêts de la population haïtienne.

Aucune preuve documentaire indépendante n’a toutefois été rendue publique à ce stade concernant les accusations relatives à la Rolex, au véhicule ou aux visas américains évoqués par Moïse Jean-Charles. Aucune réaction officielle d’Alix Didier Fils-Aimé ou d’Emmanuel Vertilaire n’avait non plus été publiée au moment de la rédaction de cet article.

Pendant que la population haïtienne continue de subir l’insécurité, l’effondrement des institutions publiques et la crise économique, ces nouvelles accusations alimentent davantage l’image d’une transition accusée de fonctionner à travers influences, privilèges et marchandages politiques au sommet de l’État.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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