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Alix Didier Fils-Aimé obtient 500 tonnes de riz, mais laisse les paysans fuir les gangs : où sont les vraies priorités ?

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11 juillet 2026– Le gouvernement haïtien se félicite de l’annonce d’une aide de 500 tonnes de riz promise par la Guyane. Présentée comme un geste de solidarité envers Haïti, cette initiative soulève néanmoins une question de fond : le riz est-il aujourd’hui la priorité absolue d’un pays où des milliers de familles fuient quotidiennement les balles des gangs ?

Pendant que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé multiplie les démarches diplomatiques pour obtenir une aide alimentaire, la réalité sur le terrain est tout autre. À Kenscoff, des familles entières abandonnent leurs maisons sous la pression de groupes armés. Dans plusieurs communes de l’Artibonite, les paysans désertent leurs terres, incapables de cultiver ou de récolter à cause des attaques répétées des bandes criminelles.

Comment parler de sécurité alimentaire lorsque ceux qui produisent la nourriture sont eux-mêmes contraints de fuir ?

Chaque jour, des agriculteurs quittent leurs plantations, laissant derrière eux des champs, du bétail et des récoltes. Certains errent dans les montagnes et les forêts de Kenscoff, sans destination précise, cherchant simplement un endroit où passer la nuit en sécurité. D’autres trouvent refuge chez des proches ou dans des abris de fortune.

Dans ces conditions, une interrogation s’impose : quelle est aujourd’hui la véritable priorité du gouvernement ?

Recevoir du riz est une chose. Mais où les familles pourront-elles le cuisiner si elles vivent dans des camps improvisés ou sur les routes ? À quoi sert une aide alimentaire lorsque la peur empêche les citoyens de rester chez eux ? Comment préparer un repas lorsqu’on a perdu sa maison, son village ou son champ ?

Le problème d’Haïti ne se résume pas à un manque de nourriture. Il réside d’abord dans une insécurité qui paralyse tout : l’agriculture, le commerce, les écoles, les transports et la vie quotidienne. Sans sécurité, les paysans ne peuvent pas produire. Sans routes sûres, les marchandises circulent difficilement. Sans stabilité, même les aides les plus généreuses risquent de n’avoir qu’un impact limité.

Une autre question alimente également les débats au sein de la population : comment ces 500 tonnes de riz seront-elles distribuées ? Seront-elles réellement remises aux familles les plus vulnérables ou finiront-elles sur les marchés, revendues par des intermédiaires, comme cela a souvent été dénoncé lors de précédentes opérations d’aide ? Beaucoup de citoyens attendent des garanties sur la transparence de cette distribution.

Les Haïtiens ne demandent pas seulement des sacs de riz. Ils réclament avant tout le droit de vivre sans la peur des armes, de retourner dans leurs maisons, de cultiver leurs terres et de nourrir leurs familles grâce au fruit de leur travail.

Le véritable défi du gouvernement n’est peut-être donc pas de trouver davantage d’aide alimentaire, mais de créer les conditions permettant aux citoyens de produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin. Car tant que les gangs continueront d’imposer leur loi dans de vastes régions du pays, chaque cargaison de riz apparaîtra davantage comme un soulagement temporaire que comme une réponse durable à la crise que traverse Haïti.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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