Pendant qu’Alix Didier Fils-Aimé vend le rêve des élections, les gangs imposeraient leurs propres lois à Carrefour : l’échec d’André Jonas Vladimir Paraison éclate au grand jour
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21 juillet 2026
Depuis ce lundi 20 juillet 2026, une information fait le tour des médias et des réseaux sociaux. Selon plusieurs sources concordantes, des hommes lourdement armés imposeraient désormais une taxe aux propriétaires de maisons dans la commune de Carrefour.
Le montant réclamé varierait selon la dimension de la maison. À partir de 5 000 gourdes, mais davantage pour les habitations plus spacieuses ou considérées comme plus luxueuses. Plus inquiétant encore, des informations partagées selon lesquelles les propriétaires qui refuseraient de payer risqueraient de perdre leur maison.
Le plus inquiétant dans cette affaire n’est pas seulement le montant réclamé. C’est la manière dont ce système serait organisé. D’après les informations qui circulent, les propriétaires seraient invités à effectuer ces paiements à la mairie de Carrefour, comme si les gangs avaient désormais installé leur propre administration fiscale.
Depuis des mois, les habitants de cette commune vivent entre les fusillades, les enlèvements, les déplacements forcés et la peur permanente. Aujourd’hui, ils seraient confrontés à une nouvelle forme d’extorsion : payer un « impôt » imposé par des criminels sous peine de perdre leur maison.
Une interrogation qui choque l’opinion : comment des individus lourdement armés peuvent-ils instaurer un système de perception de taxes sans être inquiétés par la Police nationale ?
La Direction générale des impôts (DGI) fonctionne-t-elle encore normalement à Carrefour ? Si des gangs peuvent imposer leurs propres taxes aux citoyens ? Les contribuables doivent-ils désormais payer deux fois : une fois à l’État, lorsqu’il fonctionne, et une autre fois aux hommes armés pour avoir le droit de rester chez eux ?
Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de gangs qui contrôlent des quartiers. Selon ces informations, ils exerceraient désormais des fonctions normalement réservées à l’État : ils décident, imposent des contributions, menacent les citoyens et feraient appliquer leurs propres règles.
Que fait concrètement la PNH pendant que des familles vivent sous cette pression ?
Comment expliquer qu’un tel système puisse s’installer sans qu’aucune intervention rapide ne vienne le stopper ?
Ces questions interpellent directement le directeur général de la Police nationale d’Haïti, André Jonas Vladimir Paraison.
Depuis sa nomination, les Haïtiens entendent régulièrement parler de stratégies, d’opérations, de plans de sécurisation et de reconquête des territoires. Pourtant, chaque semaine apporte son lot de nouvelles inquiétantes. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de fusillades ou d’enlèvements. Selon les informations rapportées, des hommes armés iraient jusqu’à imposer leur propre système de taxation aux citoyens.
Monsieur Paraison, combien de temps encore la population devra-t-elle vivre ainsi ?
La PNH contrôle-t-elle réellement les communes où vivent encore des milliers de familles ?
Pourquoi les citoyens ont-ils le sentiment que les groupes armés prennent de plus en plus de place pendant que l’autorité de l’État recule ?
À quoi servent les annonces répétées sur le renforcement de la sécurité si les habitants de Carrefour continuent de vivre sous la loi des fusils ?
Et surtout, jusqu’où ira cette dérive ? Après les routes, les marchés, les transports publics et certaines activités commerciales, verra-t-on demain les gangs délivrer des permis, fixer les impôts ou régler les litiges fonciers ?
Une réalité extrêmement préoccupante : dans certaines zones du pays, les groupes armés ne cherchent plus seulement à terroriser la population. Ils semblent vouloir remplacer progressivement les institutions de l’État en exerçant des fonctions administratives et fiscales.
Les habitants de Carrefour attendent désormais autre chose que des promesses. Ils réclament des actes, des opérations visibles et des résultats concrets. Car lorsqu’un propriétaire commence à craindre de perdre sa maison non pas devant un tribunal, mais devant des hommes armés, ce n’est plus seulement un problème de sécurité. C’est le signe qu’une partie de la République risque de basculer sous une autorité parallèle, au détriment de l’État de droit.
Les interrogations visent également le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Depuis plusieurs semaines, l’exécutif insiste sur la préparation des prochaines élections. Des réunions se multiplient, des déclarations se succèdent et le calendrier électoral est présenté comme une priorité.
Mais une question revient avec insistance dans l’opinion publique :
Comment organiser des élections crédibles si des citoyens disent ne plus être libres jusque dans leur propre maison ?
Carrefour ne fait-elle pas partie des communes appelées à voter ?
Comment un candidat fera-t-il campagne dans une commune où les habitants vivent sous la peur ?
Comment installer des bureaux de vote là où l’autorité de l’État est ouvertement contestée ?
Les électeurs pourront-ils voter librement ou devront-ils d’abord demander la permission à ceux qui imposent leur loi sur le terrain ?
Une autre interrogation mérite également d’être posée.
Le gouvernement dispose-t-il d’un véritable plan pour rétablir la sécurité avant les élections, ou assiste-t-on à une transition qui risque de s’éterniser faute de conditions réunies ?
Le discours sur les élections ne risque-t-il pas de rester un simple exercice de communication si l’État continue de perdre du terrain ?
Les habitants, eux, ne demandent pas des conférences de presse. Ils veulent retrouver une vie normale. Ils veulent pouvoir rentrer chez eux sans peur, protéger leur famille et conserver leur maison sans avoir à verser de l’argent à quiconque en dehors des institutions de la République.
Car au fond, le véritable débat dépasse la commune de Carrefour. Il pose une question essentielle : qui exerce aujourd’hui l’autorité dans certaines parties du pays ?
Et tant que cette question restera sans réponse claire, beaucoup auront du mal à croire que la priorité du moment est l’organisation des élections plutôt que la reconquête de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Écrit par Sanon Marc-Antoine, journaliste
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
