Élections : neuf groupements politiques dénoncent l’utilisation présumée de données personnelles et réclament une enquête au CEP
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À l’approche des prochaines échéances électorales, une nouvelle controverse vient s’ajouter aux inquiétudes entourant le processus électoral en Haïti. Neuf groupements politiques ont saisi le Conseil électoral provisoire (CEP), ce mercredi 26 août 2026, pour dénoncer l’utilisation présumée, sans le consentement des personnes concernées, de leurs numéros d’identification nationale dans la constitution de listes politiques soumises à l’institution électorale.
Dans une correspondance adressée à Jacques Desrosiers, président du CEP, le Forum des neuf groupements politiques demande l’ouverture immédiate d’une enquête afin de faire la lumière sur l’origine des données utilisées et sur les conditions dans lesquelles elles auraient été obtenues.
Selon les signataires, des numéros d’identification nationale appartenant à des clients et contributeurs figurant dans les bases de données de banques, de maisons de transfert, de la Direction générale des impôts (DGI), de plusieurs ministères et d’autres institutions auraient été utilisés à l’insu de leurs titulaires.
Le Forum affirme disposer de témoignages permettant, selon lui, d’établir l’existence de cette pratique. Les données personnelles auraient ensuite servi à certains partis et groupements politiques dans le cadre de la constitution des listes de membres transmises au CEP, sans que les personnes concernées aient donné leur consentement.
Copie de la correspondance adressée au Conseil électoral provisoire par neuf groupements politiques réclamant une enquête sur l’utilisation , sans consentement, des données personnelles de citoyens dans la constitution de listes politiques.
Pour les neuf organisations, il ne s’agit pas d’une simple irrégularité administrative. Elles qualifient la situation de « pratique d’une extrême gravité », susceptible de porter atteinte aux droits des citoyens et de compromettre directement l’intégrité et la crédibilité du processus électoral.
Dans leur démarche, elles demandent donc au CEP de déterminer précisément l’origine des données personnelles, les partis ou groupes qui les auraient utilisées, ainsi que les personnes responsables de leur exploitation. Elles exigent également que la validité des listes concernées soit vérifiée.
Le Forum souhaite avant tout que les conclusions de l’enquête soient rendues publiques et que des mesures appropriées soient prises à l’encontre des responsables.
La lettre porte les noms de neuf groupes politiques présentés comme signataires de la démarche : ANFÒS POU SOVE LONÈ, COPPOS-HAÏTI et alliés, Debout Citoyen, Debout Patriotes, Delivrans, GRAND, MYÈL, PLATFÒM REKONSILYÈ et SOL AYITI.
Cette dénonciation intervient alors que les acteurs politiques sont déjà engagés dans la préparation des prochaines élections. Dans ce contexte, toute contestation concernant l’authenticité des listes de membres ou l’utilisation de données personnelles risque d’alimenter la méfiance à l’égard du processus.
Enfin, les signataires adressent une demande particulière au Conseil électoral provisoire : ne pas publier dans son intégralité la liste des personnes inscrites avant d’avoir effectué les vérifications nécessaires.
Ils estiment qu’une telle vérification permettrait notamment de déterminer si les noms et numéros d’identification nationale des citoyens ont réellement été utilisés avec leur consentement.
Pour l’heure, la lettre constitue une demande d’enquête et une dénonciation politique. Elle ne permet pas d’établir l’existence d’une utilisation frauduleuse de données personnelles. La balle est désormais dans le camp du CEP, appelé à vérifier les accusations et à apporter des réponses sur la fiabilité des listes qui lui ont été soumises.
À une époque où la confiance des citoyens demeure un enjeu majeur pour les élections, le moindre soupçon concernant l’utilisation de l’identité des électeurs peut rapidement devenir une question de crédibilité pour l’ensemble du processus électoral.
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
