Haïti sous tension:7 civils tués à Limonade,des observateurs remettent en question la stratégie de Fils-Aimé face aux massacres
3 min read
Friends and family members carry the casket of Jean Louis Jeune Gracien, who was killed in the October 3 attack by members of the Gran Grif gang, to a tomb during a funeral service in Pont-Sonde, Haiti October 8, 2024. REUTERS/Marckinson Pierre
La spirale de violence qui frappe Haïti depuis plusieurs jours suscite de plus en plus d’interrogations quant à la capacité réelle du gouvernement à reprendre le contrôle du territoire. Après le massacre de Kenscoff, survenu dans la nuit du 23 au 24 août où au moins 47 personnes ont été tuées selon les Nations unies , une nouvelle attaque meurtrière est venue alourdir le bilan.
Ce jeudi 27 août 2026, au moins sept civils ont été tués à Limonade, dans le Nord, lors d’une attaque attribuée à des groupes armés. La localité est une fois de plus plongée dans l’horreur, alors que les autorités peinent à endiguer la multiplication des foyers de violence.
Pour de nombreux citoyens et observateurs de la vie politique, cette succession de massacres n’est pas sans incidence sur le processus électoral annoncé par les autorités. Certains vont jusqu’à soupçonner une stratégie visant à entretenir un climat d’insécurité suffisamment marqué pour accréditer l’idée que les élections ne peuvent se tenir dans les conditions prévues.
Ces voix critiques pointent notamment du doigt le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, accusé de jouer sur deux tableaux : afficher publiquement sa volonté d’organiser les élections tout en laissant perdurer, selon eux, une transition dont il tirerait un bénéfice politique.
« On parle d’élections, mais le pays est livré aux gangs », a résumé un citoyen interrogé sur la situation. Pour les observateurs partageant ce point de vue, le discours officiel sur les élections contraste fortement avec la réalité vécue dans plusieurs régions du pays.
Ils soulèvent le paradoxe suivant : comment organiser des élections crédibles dans un pays où des groupes armés peuvent encore attaquer des quartiers, des communes et des infrastructures pratiquement à leur guise ?
À Mirebalais, dans le département du Centre, la situation est également extrêmement tendue.
Selon les dernières informations disponibles, François Garry, alias « Reziye », aurait été arrêté par la police à « Wozo Plaza » , avant d’être abattu dans des circonstances qui restent à éclaircir.
Une source affirme que Reziye entretenait des liens avec le regroupement de gangs « Viv Ansanm » à Mirebalais. Il aurait été aperçu dans l’entourage des groupes armés lors des activités organisées à l’occasion de la fête de Saint-Louis, dont les festivités se sont achevées le 25 août 2026.
À la suite de ce décès, des groupes armés auraient lancé une attaque contre Wozo Plaza. Selon la même source, la vigilance des forces de l’ordre aurait empêché les assaillants de prendre le contrôle de cette zone stratégique.
Certains observateurs vont jusqu’à estimer que la multiplication des massacres pourrait, délibérément ou non, servir le discours de ceux qui soutiennent que les conditions de sécurité ne permettent pas l’organisation d’élections. Une telle situation pourrait, selon cette lecture, ouvrir la voie à une nouvelle prolongation de la période de transition.
Une chose est sûre, cependant : alors que le pouvoir continue d’affirmer sa volonté d’aller aux élections, les massacres et les attaques armées continuent de se multiplier.
Et dans la rue, une question revient avec insistance : si l’État échoue à garantir la sécurité aujourd’hui, comment compte-t-il assurer celle des électeurs, des candidats et des bureaux de vote demain ?
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
