Jacmel : Didine Delno déclarée non coupable après près de sept ans de détention
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Après près de sept ans passés à la prison civile de Jacmel, Didine Delno a finalement retrouvé la liberté le 28 août 2026. Un jury composé de douze hommes l’a déclarée non coupable lors d’une audience criminelle avec jury au tribunal de première instance de Jacmel.
L’affaire remonte au 13 juin 2019. Didine Delno est arrêtée dans la localité de Sèguin dans le cadre d’une affaire impliquant son frère, Yonel Delno. Ce dernier était accusé d’avoir tué Jonel Douceur, poignardé à trois reprises lors d’une altercation au marché de Sèguin.
Devant le tribunal, Didine Delno a livré sa version des faits. Elle a expliqué avoir été informée que son frère Yonel se faisait battre au marché. Comme elle devait elle-même s’y rendre ce jour-là, elle a décidé d’aller voir ce qui se passait. Une fois sur place, elle affirme n’avoir trouvé aucune bagarre. Malgré cela, les forces de l’ordre l’ont arrêtée. Selon les éléments rapportés durant le procès, elle aurait ainsi été arrêtée à la place de son frère.
Didine Delno aura passé près de sept ans en détention en niant toute implication dans le meurtre. Pendant ce temps, ses deux enfants ont grandi loin de leur mère. Au moment de son arrestation, l’un avait environ un an et demi et l’autre deux ans. Lorsqu’elle retrouve la liberté, près de sept années de leur enfance se sont écoulées.
Le vendredi 28 août, après avoir entendu les arguments présentés au procès, les douze jurés ont conclu à la non-culpabilité de Didine Delno. Le verdict a entraîné sa libération immédiate et mis fin à une détention qui aura emporté près de sept années de sa vie.
Mais une question demeure : qui réparera les années perdues ? Après près de sept ans derrière les barreaux avant d’être déclarée non coupable, peut-elle simplement sortir de prison et reprendre sa vie là où elle s’était arrêtée ?
Une longue détention ne coûte pas seulement des années. Elle prive une personne de la possibilité de travailler, d’élever ses enfants, de vivre auprès de sa famille et de participer pleinement à la société. Pour Didine Delno, ce temps ne pourra jamais être récupéré.
Son affaire soulève surtout de sérieuses questions sur le fonctionnement de la justice haïtienne. Pourquoi a-t-il fallu près de sept ans pour qu’elle soit entendue et jugée par un tribunal criminel ? Si un jury l’a finalement déclarée non coupable, pourquoi son dossier a-t-il mis autant de temps à être jugé ?
La question de la réparation se pose également. Lorsqu’une personne passe des années en détention avant d’être acquittée, l’État ne devrait-il pas prévoir un mécanisme permettant de réparer, au moins en partie, le préjudice subi ?
L’affaire Didine Delno relance ainsi le débat sur une justice à deux vitesses en Haïti. Les plus démunis doivent-ils toujours attendre plus longtemps pour être jugés ? Pourquoi certains dossiers restent-ils bloqués pendant des années, tandis que des personnes disposant de moyens, de relations ou d’influence obtiennent parfois un traitement beaucoup plus rapide ?
La libération de Didine Delno représente un soulagement pour elle et sa famille. Mais son acquittement ne devrait pas simplement refermer un dossier. Il expose les défaillances d’un système capable de maintenir une personne derrière les barreaux pendant près de sept ans avant qu’un jury ne la déclare non coupable.
Pour Didine Delno et ses enfants, la justice est finalement arrivée. Mais elle ne leur rendra jamais les sept années perdues.
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
