Gangs armés, assassinats et corruption : l’ONU dévoile de graves accusations contre Nenel Cassy, déjà dénoncé par le RHAJAC
8 min read
Le rapport de 2026 du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti consacre plusieurs passages à l’ancien sénateur des Nippes, Nenel Cassy, auquel il attribue des liens présumés avec plusieurs groupes armés, des activités criminelles et des faits de corruption. Ces faits font écho aux dénonciations formulées auparavant par le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) et à plusieurs publications de notre rédaction, qui avaient attiré l’attention sur les accusations visant l’ancien parlementaire, les recherches policières dont il faisait l’objet et les circonstances de son arrestation suivie de sa libération en août 2025.
Les informations contenues dans le rapport onusien permettent aujourd’hui de revenir sur les différentes étapes de ce dossier, tout en distinguant les accusations des faits définitivement établis par la justice. Dans son rapport final de 2026, le Groupe d’experts affirme que Nenel Cassy, ancien sénateur des Nippes durant les périodes 2006-2012 et 2016-2020, aurait soutenu plusieurs acteurs armés afin de servir ses intérêts politiques. Le document lui attribue notamment le contrôle présumé du groupe criminel BLTS, actif à Chalon, dans la commune de Miragoâne.
Selon les experts, cette organisation serait impliquée dans la détention illégale d’armes à feu, des meurtres, des tentatives de meurtre, des enlèvements contre rançon, des viols collectifs, des vols à main armée et des détournements de véhicules et de camions de marchandises. Le rapport présente également Cassy comme l’un des contributeurs à la création du groupe Fantôme 509, apparu en 2018 et composé notamment d’individus armés, dont des policiers. Cette organisation est associée à des troubles à l’ordre public, à des incendies volontaires, à des actes de vandalisme et à des meurtres de policiers. Ces éléments constituent des accusations rapportées par les experts et ne valent pas, à eux seuls, condamnation pénale de l’ancien sénateur.
Le document onusien formule également de graves accusations concernant des événements survenus en février 2021. Selon les experts, Nenel Cassy et ses associés auraient été impliqués dans une tentative d’enlèvement suivie de l’assassinat d’un diplomate haïtien. Le rapport lui attribue par ailleurs des projets visant à provoquer le chaos dans le pays, notamment par la préparation d’attaques armées contre des infrastructures aéroportuaires à Port-au-Prince, aux Cayes et au Cap-Haïtien. Les experts évoquent aussi des réunions qui auraient conduit à des attaques visant Kenscoff, en collusion présumée avec la coalition criminelle Viv Ansanm. Selon des informations communiquées au Groupe par deux États membres, Cassy aurait également distribué des armes à des groupes armés à Gressier en 2018 et participé, à la fin de 2022, à une attaque contre la résidence d’un ancien sénateur avec l’appui du gang Ti-Makak. Le document fait enfin état de son soutien présumé à la coalition G-Pèp et au gang Kraze Baryè, dirigé par Vitelhomme Innocent.
Ces accusations rejoignent plusieurs alertes antérieures du RHAJAC. Dans une note de presse publiée le 21 juillet 2025, le réseau dénonçait le maintien de Katherine Cassy Chéry, épouse de l’ancien sénateur, à son poste de responsable du service des passeports en République dominicaine. Le RHAJAC affirmait alors que Nenel Cassy et son épouse servaient de « ponts entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et les principaux chefs terroristes de la capitale ». Le réseau évoquait également des dossiers de corruption, de complot contre la sûreté de l’État et d’assassinats concernant l’ancien parlementaire. Il s’agissait de dénonciations formulées par l’organisation, qui doivent être rapportées comme telles et non présentées comme des conclusions judiciaires. La note faisait aussi référence aux sanctions internationales visant Nenel Cassy et aux démarches policières engagées contre lui.
Bien avant cette prise de position de juillet 2025, notre rédaction avait déjà consacré plusieurs publications aux accusations visant Nenel Cassy et aux démarches des autorités judiciaires. Le 18 février 2025, Satellite509 avait publié un article intitulé « Haïti : après les dénonciations de Satellites509, avis de recherche émis contre Nenel Cassy et Alfredo Antoine ». La publication rapportait que la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) avait émis des avis de recherche contre les deux anciens parlementaires, soupçonnés de liens avec des groupes armés et d’implication présumée dans des activités criminelles. L’article rappelait également les démarches antérieures des autorités judiciaires, notamment les restrictions de déplacement signalées en novembre 2023. Le 18 mars 2025, notre rédaction était revenue sur le dossier après la comparution de Nenel Cassy au parquet de Port-au-Prince, le 17 mars. L’article soulevait alors des questions sur le traitement judiciaire de l’affaire et sur les suites données à l’avis de recherche. Ces publications permettent de documenter l’antériorité des alertes médiatiques, sans pour autant démontrer que toutes les accusations formulées par la suite sont établies.
Le RHAJAC avait également dénoncé, dans une note de presse publiée le 15 avril 2025 et relayée par Satellite509, ce qu’il considérait comme une intervention du commissaire du gouvernement Frantz Monclair en faveur de Nenel Cassy. Le réseau estimait que les enquêteurs de la DCPJ disposaient d’éléments justifiant l’audition de l’ancien sénateur et critiquait la manière dont le dossier était traité. Le 21 juillet suivant, le RHAJAC était revenu sur les relations présumées entre des personnalités politiques et des groupes armés, tout en réclamant des changements au sommet de l’État. Ces prises de position témoignent de la persistance des préoccupations du réseau autour de ce dossier. Les accusations de protection politique ou d’intervention dans le fonctionnement de la justice doivent toutefois rester attribuées à leurs auteurs lorsqu’aucune décision judiciaire ne les confirme.
L’arrestation de Nenel Cassy, le 2 août 2025, puis sa remise en liberté le 19 août de la même année constituent un autre volet important de l’affaire. Satellite509 avait rapporté son interpellation par des agents de la DCPJ à Pétion-Ville, en rappelant les accusations pour lesquelles il était recherché : complot contre la sûreté intérieure de l’État, financement d’organisations criminelles, complicité d’assassinat et association de malfaiteurs. Le rapport du Groupe d’experts de 2026 revient lui aussi sur cette arrestation et sur la libération de l’ancien sénateur dix-sept jours plus tard. Selon le document, cette libération avait suscité des réactions d’organisations de la société civile et d’autres acteurs, qui y voyaient un signe d’impunité. Les experts ajoutent que, malgré des déclarations officielles évoquant un réexamen du dossier, des sources proches de l’enquête leur auraient indiqué que l’affaire avait été abandonnée. Cette dernière information est attribuée aux sources citées par les experts et ne doit pas être présentée comme une décision judiciaire officiellement établie.
Le rapport aborde également des accusations de corruption remontant au mandat sénatorial de Nenel Cassy entre 2016 et 2020. D’après les experts, l’ancien parlementaire aurait utilisé son influence pour obtenir la nomination de deux responsables au Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement, dont Patrick Noramé. Le document affirme que ce dernier aurait détourné et blanchi d’importantes sommes d’argent, dont une partie aurait été illégalement versée à Cassy. Ces informations s’inscrivent dans un dossier plus large portant sur les relations entre responsabilités politiques, gestion des fonds publics et corruption présumée. Elles doivent néanmoins être présentées avec prudence, car les conclusions du Groupe d’experts ne remplacent pas une décision de justice établissant la responsabilité pénale des personnes citées.
Les sanctions internationales constituent un autre élément documenté du dossier. Le Canada a sanctionné Nenel Cassy en mars 2023 dans le cadre de mesures visant des personnes accusées de corruption grave et de liens avec des groupes criminels organisés. En avril 2023, la République dominicaine lui a interdit l’entrée sur son territoire en invoquant une menace pour sa sécurité nationale. En décembre de la même année, les États-Unis lui ont imposé des sanctions pour des faits de corruption liés à l’abus de ses fonctions publiques. Le RHAJAC avait rappelé ces mesures dans sa note du 21 juillet 2025. Ces sanctions constituent des décisions administratives et diplomatiques distinctes d’une condamnation pénale par un tribunal haïtien.
Le Groupe d’experts précise enfin avoir adressé une lettre à Nenel Cassy pour lui donner la possibilité de répondre aux accusations contenues dans son rapport. Selon le document, aucune réponse n’avait été reçue au moment de sa rédaction. Cette précision est importante dans le traitement journalistique de l’affaire, car elle rappelle la nécessité de présenter les accusations en identifiant leurs sources et de mentionner les éventuelles réponses de la personne mise en cause. Les publications de Satellite509 et les dénonciations du RHAJAC montrent que plusieurs aspects du dossier avaient été soulevés publiquement dès 2025, avant la publication du rapport final de 2026. Celui-ci apporte des précisions supplémentaires sur les groupes armés cités, les activités criminelles présumées et les sanctions visant l’ancien sénateur. La suite de cette affaire dépend notamment de la manière dont les autorités judiciaires traiteront les accusations et des éléments qui pourront être établis dans le respect des règles de droit.
Léandro S. LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
