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Rosemila Petit-Frère : les dénonciations de Satellite509 sur la corruption et le financement du terrorisme précèdent les révélations de l’ONU

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Bien avant la publication du rapport de 2026 du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti, notre rédaction, Satellite509, avait consacré plusieurs articles aux accusations de corruption visant Rosemila Petit-Frère, ancienne mairesse de l’Arcahaie. Dès juillet 2023, notre rédaction avait dénoncé des soupçons de détournement de fonds à la Caisse d’assistance sociale (CAS) et le rôle présumé de l’ancienne élue dans la nomination de responsables de l’institution. Plus tard, en septembre 2025, Satellite509 avait également rapporté des accusations de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme la concernant. Le rapport onusien publié en 2026 apporte désormais des précisions sur les mécanismes financiers présumés et les relations que Rosemila Petit-Frère aurait entretenues avec plusieurs chefs de gangs.

Le 18 juillet 2023, dans un article consacré à l’affaire de la CAS, notre rédaction avait mis en cause Rosemila Petit-Frère dans un système présumé de détournement de fonds publics. L’article évoquait notamment la nomination d’Edwine Tonton à la direction de l’institution en décembre 2021 et des acquisitions immobilières ainsi que l’achat d’une station de radio attribués à l’ancienne mairesse. Deux jours plus tard, le 20 juillet, Satellite509 revenait sur le dossier en affirmant qu’Edwine Tonton avait été nommée à la demande de Rosemila Petit-Frère. Le 2 août suivant, notre rédaction publiait un nouvel article sur les acquisitions qui lui étaient attribuées et sur ses absences aux convocations judiciaires dans le cadre de l’enquête sur la CAS.

Ces publications trouvent un écho dans le rapport du Groupe d’experts des Nations unies, notamment au paragraphe 148. Les experts affirment que Rosemila Petit-Frère aurait utilisé ses relations politiques pour favoriser la nomination, en 2021, d’un ancien directeur général de la CAS, dans le but de détourner des fonds à son profit. Selon le rapport, l’enquête aurait établi que l’ancienne mairesse était la principale bénéficiaire des sommes détournées. Le document indique également qu’une partie de ces fonds aurait été versée à Jean Gardy, alias « Pece Pim Pim », présenté comme le chef du gang Krache Dife et un membre de la coalition Viv Ansanm. Si les publications de Satellite509 avaient déjà mis en cause le rôle présumé de Rosemila Petit-Frère dans le dossier de la CAS, le rapport onusien apporte des éléments supplémentaires concernant l’utilisation d’une partie de l’argent détourné pour soutenir un groupe armé.

Le rapport de l’ONU va également plus loin sur les relations présumées de l’ancienne mairesse avec les gangs. Au paragraphe 144, les experts affirment qu’elle entretenait depuis longtemps des relations avec des chefs de Viv Ansanm et qu’elle leur apportait un soutien financier et logistique. Le document la présente également comme une intermédiaire entre des groupes armés et des acteurs politiques, économiques et du secteur de la sécurité. Au paragraphe 146, les experts indiquent qu’au cours des cinq mois précédant la création de Viv Ansanm, en septembre 2023, Rosemila Petit-Frère aurait multiplié les appels avec Jean Gardy et Renel Destina, alias « Ti Lapli », chef du gang de Grand Ravine. Elle aurait également transmis à ce dernier, à trois reprises, des informations confidentielles sur des opérations policières imminentes contre Grand Ravine et d’autres groupes armés. Ces éléments précis ne figurent pas dans les articles de 2023 consultés.

Le 18 septembre 2025, Satellite509 avait toutefois publié un nouvel article intitulé « Déjà placée en détention à la DCPJ pour blanchiment d’argent et financement de terrorisme : l’étau se resserre autour de Rosemila Petit-Frère ». Notre rédaction y rapportait des informations attribuées à un rapport de l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF), portant sur des soupçons de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. L’article faisait également état de mesures conservatoires visant plusieurs comptes bancaires liés à l’ancienne mairesse. Cette publication constitue une étape supplémentaire dans la chronologie du dossier, puisqu’elle abordait explicitement les soupçons de financement du terrorisme avant la publication du rapport final de l’ONU en septembre 2026.

Le rapport onusien précise par ailleurs que Rosemila Petit-Frère aurait échangé régulièrement des informations avec Prophane Victor et Magalie Habitant, deux personnes citées dans des dossiers relatifs aux réseaux de soutien aux gangs. Selon les experts, ses contacts au sein de la Police nationale d’Haïti lui auraient permis d’obtenir des rapports d’enquête confidentiels, qu’elle aurait ensuite transmis à ces personnes. Le document ajoute que ses relations avec certains policiers lui auraient permis d’obtenir des marchés publics de fourniture d’uniformes sans mise en concurrence ni mécanismes de contrôle adéquats. Les experts évoquent aussi trois entreprises qui auraient servi au blanchiment de fonds : Centre Commercial, Groupe Radio Mono 96.3 FM et Excel Travel. Ces éléments constituent des précisions nouvelles par rapport aux publications antérieures de Satellite509 examinées dans le cadre de cette comparaison.

Le Groupe d’experts indique enfin avoir donné à Rosemila Petit-Frère la possibilité de répondre aux accusations formulées dans son rapport. Selon le document, elle a contesté les conclusions des experts, qui affirment avoir examiné sa réponse avant de maintenir leurs constatations. Cette précision doit être prise en compte dans le traitement journalistique du dossier. Les publications de Satellite509 ont précédé le rapport de l’ONU sur plusieurs aspects, notamment les soupçons de corruption à la CAS et, en 2025, les accusations de blanchiment et de financement du terrorisme. Le rapport de 2026 détaille toutefois des éléments supplémentaires concernant les liens présumés avec Viv Ansanm, les informations confidentielles sur les opérations policières et les circuits financiers. Ces accusations doivent être distinguées des faits définitivement établis par une décision judiciaire.

Léandro S. LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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