Haïti : des munitions de la police retrouvées dans les arsenaux des gangs, selon l’ONU
4 min read
Dans un rapport publié le 8 septembre 2026, le Groupe d’experts des Nations unies alerte sur le détournement d’armes et de munitions provenant des stocks de la Police nationale d’Haïti (PNH). Selon les experts, des munitions utilisées par la police sont régulièrement retrouvées dans les arsenaux des gangs. Lors de saisies effectuées en 2026 auprès des groupes Jamesley et Krache Dife, 70 % des 336 cartouches de calibre 7,62 x 51 mm recensées provenaient de détournements des stocks de la PNH.
Le détournement d’armes et de munitions provenant des stocks de la PNH demeure une source de préoccupation pour le Groupe d’experts. Dans son rapport, celui-ci indique que des armes à feu appartenant à l’institution policière sont également fréquemment récupérées auprès de membres de groupes armés. Ces découvertes soulèvent des questions sur la gestion des équipements des forces de l’ordre et sur les circuits par lesquels ils se retrouvent entre les mains des gangs.
Les experts précisent que certains matériels ont été perdus lors d’affrontements ou à la suite d’attaques contre la police. D’autres cas révèlent toutefois des activités de trafic. Au cours de la période étudiée, plusieurs policiers corrompus ont été arrêtés, notamment pour leur implication dans le trafic d’armes et de munitions au profit de Chalè, chef du gang de Tokyo. Malgré ces efforts, les détournements se poursuivent. Certains agents récupéreraient des munitions inutilisées pour les revendre à des gangs, à des groupes de légitime défense, à des sociétés de sécurité privées et à des particuliers en quête de protection.

Le rapport soulève également des interrogations sur la provenance de certaines munitions de calibre 5,56 x 45 mm retrouvées entre les mains de groupes armés. Le Groupe d’experts a confirmé la présence de boîtes et de cartouches utilisées par des gangs et par un groupe de légitime défense, dont les caractéristiques correspondent à celles de munitions récemment importées par les Forces armées d’Haïti (FAd’H). En mai 2026, les experts ont porté cette question à l’attention du ministère haïtien de la Défense.
La chaîne de possession de ces munitions demeure incertaine. Toutefois, le Groupe d’experts affirme avoir été informé qu’une partie des munitions importées par les FAd’H avait été transférée à la PNH. Le rapport ne permet donc pas d’établir avec certitude comment ces équipements ont ensuite pu se retrouver dans les arsenaux de groupes armés, mais il met en évidence la nécessité de mieux contrôler leur circulation.
Par ailleurs, les opérations de sécurité menées par la police entraînent régulièrement des saisies d’armes et de munitions. En 2025, la PNH a récupéré 356 armes à feu, dont 132 fusils, 165 pistolets, neuf revolvers, 33 armes artisanales et 17 fusils de chasse. Ces saisies représentent une quantité importante de matériel, dont le suivi reste toutefois problématique.
Selon les experts, l’absence d’un mécanisme centralisé de gestion des saisies empêche un recensement systématique des armes et des munitions récupérées. De nombreux équipements ne sont ainsi pas répertoriés, ce qui facilite leur détournement par des officiers corrompus. Cette faille dans le système de contrôle expose une partie du matériel saisi au risque de retourner dans les circuits illégaux.
Ces constats mettent en lumière les faiblesses du contrôle des armes et des munitions en Haïti, alors que les groupes armés continuent de représenter une menace pour la sécurité publique. Le Groupe d’experts souligne notamment les risques liés à la corruption au sein des institutions de sécurité et à l’absence de mécanismes efficaces pour assurer la traçabilité du matériel, depuis son acquisition jusqu’à sa saisie ou son utilisation.
Léandro S LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
