Haïti : plus de 7 millions de dollars introuvables dans des contrats d’armement conclus sous le gouvernement Fils-Aimé
4 min read
Une enquête du Miami Herald, publiée le 17 octobre 2026, révèle que plus de 7 millions de dollars destinés à l’achat d’armes et de munitions pour la Police nationale d’Haïti (PNH) restent sans destination clairement établie. Approuvés par le ministre de la Justice, Patrick Pélissier, deux contrats totalisant environ 24 millions de dollars soulèvent des questions sur la gestion des fonds publics sous le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, alors qu’une partie du matériel commandé n’a toujours pas été livrée.
Selon l’enquête signée Shirsho Dasgupta et Jacqueline Charles, l’État haïtien a conclu, en octobre 2025, deux contrats avec la société américaine Fencebridge Strategic Risk, dont 13 millions de dollars pour des munitions et 11 millions pour des armes. L’entreprise a toutefois rencontré des difficultés pour obtenir les autorisations américaines nécessaires à l’exportation des équipements. Les autorités haïtiennes n’ont pas répondu aux questions du journal concernant les vérifications préalables et l’éventuel examen des contrats par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA).
L’affaire porte notamment sur le transfert de plus de 15 millions de dollars à Ellie Soto, une femme d’affaires américaine établie au Texas et qui n’est pas employée par Fencebridge. Le 27 janvier 2026, deux virements de 8 241 955 dollars et de 7 082 589,29 dollars ont été effectués. Soto a confirmé avoir reçu un total de 15 347 958,13 dollars provenant d’Haïti. Selon Andrew Day, responsable des opérations de Fencebridge, elle devait conserver les fonds et payer les fournisseurs. Il affirme cependant que plus de 7 millions de dollars dus à l’entreprise ne lui ont jamais été remis. La destination de cette somme demeure inconnue.

L’enquête révèle également que Mark Green, ancien membre républicain de la Chambre des représentants des États-Unis, a reconnu avoir reçu 600 000 dollars pour ses services dans le cadre des démarches menées au profit de Fencebridge. Il a déclaré au Miami Herald avoir facturé 1 000 080 dollars à Soto et facilité des contacts susceptibles d’aider l’entreprise à obtenir les autorisations nécessaires. Il nie toutefois avoir participé à la structuration des contrats ou détenu les fonds litigieux. L’avocat Anthony Madu, chargé de gérer un compte destiné à conserver l’argent, affirme avoir effectué les opérations conformément aux instructions reçues, invoquant le secret professionnel pour ne pas fournir davantage de détails.
Cette affaire s’ajoute aux interrogations soulevées sur la gestion des fonds publics par l’administration Fils-Aimé. Le programme de subventions scolaires annoncé le 18 août 2026 par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) et le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES) prévoyait une enveloppe de 2,5 milliards de gourdes pour 140 000 parents vulnérables, à raison de 15 000 gourdes par bénéficiaire.
Le 27 septembre, le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) a demandé à l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) d’enquêter sur la gestion de cette enveloppe. L’organisation a notamment relevé un écart de 400 millions de gourdes entre le budget annoncé et les allocations prévues, qui totalisent 2,1 milliards de gourdes. Elle a également signalé des retards de paiement et réclamé des explications sur les sommes décaissées, les montants effectivement versés et le reliquat éventuel.
Le lien conduisant à l’ensemble des informations du RHAJAC concernant le décaissement de 2.5 milliards de gourdes pour 140 milles parents.
Le 5 octobre, le directeur général du FAES a annoncé une première vague de transferts au profit de 94 084 bénéficiaires, dont 73 948 parents d’élèves et 20 136 familles vulnérables. Cette annonce précise l’état d’avancement du programme, mais ne répond pas à toutes les questions soulevées par le RHAJAC. Aucun des éléments rapportés ne suffit, à lui seul, à établir qu’un détournement a eu lieu.
Dans les deux dossiers, la transparence sur l’utilisation des ressources publiques reste au cœur des préoccupations. Alors que des munitions de calibres 9 mm, 5,56 mm et 7,62 mm ont déjà été acheminées en Haïti, une partie importante de la commande demeure en attente. Le gouvernement est ainsi attendu sur les conditions d’approbation des contrats, le rôle des intermédiaires et la traçabilité des fonds engagés.
Léandro S. LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
