Haïti : Alix Didier Fils-Aimé serait reparti pour Washington, comme si c’était là qu’il devait rendre des comptes
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Alix Didier Fils-Aimé aurait quitté le pays dans la soirée de ce jeudi 22 octobre pour les États-Unis, selon des informations qui circulent, pour un deuxième voyage en deux semaines. À notre connaissance, aucune annonce officielle n’a accompagné ce départ. Un Premier ministre qui voyage fait son travail. Mais celui-ci partirait alors que le décret électoral se détricote et que des diplomates affichent leur malaise.
Publié le 2 juin, le décret a été modifié le 2 juillet, puis de nouveau début octobre. Cette dernière révision supprime l’obligation de prouver l’absence de gel d’avoirs à l’étranger. Des personnalités sanctionnées par Washington, Ottawa ou Bruxelles pourraient donc se présenter, seules celles visées par l’ONU restant exclues. Le Conseil électoral admet lui-même que la date du 13 décembre n’est plus garantie.
Le 12 octobre, l’ambassadeur d’Espagne a dit souhaiter un futur président honorable. L’ambassadeur de France a rappelé au Premier ministre l’importance de respecter les sanctions de l’ONU et de l’Union européenne. À Washington aussi, le ton changerait.
Vient ensuite l’argent. Le 2 septembre, la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, a signé avec Drake Ventures, la société de Roger Stone, proche du président Trump, un contrat de lobbying de 65 000 dollars par mois, soit jusqu’à 780 000 dollars sur un an. Une organisation de la diaspora, la HAFFD, estime qu’il s’ajoute à un autre contrat déjà en vigueur, pour un total d’au moins 100 000 dollars mensuels. Le gouvernement n’a pas dit ce qu’il attend de cette dépense. Obtenir un soutien pour les élections, de l’aide pour la sécurité, un geste sur l’immigration ? Le contrat parle seulement de plaidoyer auprès de l’administration américaine.

Il y a aussi les contrats de sécurité. Vectus Global, la société d’Erik Prince, fondateur de Blackwater, a un contrat de dix ans dont le montant n’a jamais été rendu public. En 2025, le département d’État assurait ne l’avoir ni engagée, ni financée, ni supervisée, mais l’ambassadeur américain a ensuite confirmé le contrat et la licence accordée par Washington. Dix-huit mois plus tard, la route du Cap-Haïtien reste coupée par des barrages de gangs, et une experte citée dans une enquête du 17 octobre estime qu’aucun chef important n’est tombé depuis des années. Human Rights Watch dénonce des civils tués par des frappes de drones.
Reste la Force de répression des gangs. Elle est née de la résolution 2793, présentée à l’ONU par les États-Unis et le Panama, avec 5 500 militaires et policiers financés par des contributions volontaires. Elle affronte son premier vrai test avec la disparition d’agents salvadoriens, et c’est l’ambassade américaine qui promet aux gangs que leurs jours d’impunité sont comptés.
Haïti a besoin de partenaires, et il n’y a aucune honte à le dire. Mais l’enchaînement est troublant : des lobbyistes payés pour se faire entendre à Washington, une entreprise américaine chargée d’une partie de la sécurité, une force conçue à l’ONU par Washington, et un chef de gouvernement qui, dit-on, prendrait l’avion quand on l’appelle. À force de tout orienter vers une seule capitale, on finit par ne plus rendre de comptes à la sienne. Que reçoit Haïti en échange ? Combien coûtent ces contrats ? La Cour supérieure des comptes les a-t-elle examinés ? Tant que ces réponses manqueront, la question du titre restera ouverte.
Gladimi BRUNI
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
