Crise haïtienne : des acteurs religieux et politiques réclament un exécutif bicéphale
3 min read
La recherche d’une issue à la crise haïtienne continue de susciter des prises de position dans différents secteurs de la société. Le vendredi 23 octobre 2026, la Plateforme interreligieuse pour la paix et le regroupement politique Alliance des patriotes intègres compétents anticorruption (PICA) ont tous deux plaidé en faveur d’un exécutif bicéphale, tout en dénonçant les résultats jugés insuffisants de la transition dirigée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Lors d’une conférence de presse, le révérend pasteur Wilson André, s’exprimant au nom de la Plateforme interreligieuse pour la paix, a insisté sur la nécessité d’engager un dialogue entre les différents secteurs de la vie nationale afin de trouver une solution durable à la crise. Selon lui, la gravité de la situation exige une prise de conscience collective, alors que la population continue de subir les conséquences de la violence des groupes armés et de la dégradation de ses conditions de vie.
Qualifiant la transition actuelle d’« échec total », Wilson André a appelé le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à quitter ses fonctions. Il a également exhorté les personnalités désireuses de contribuer au redressement du pays à prendre leurs responsabilités. Dans cette perspective, la Plateforme interreligieuse pour la paix préconise la mise en place d’un exécutif bicéphale, qu’elle présente comme une option à envisager pour favoriser une sortie de crise.

De son côté, le regroupement politique PICA a également critiqué la gestion actuelle du pouvoir. Lors d’une conférence de presse, son secrétaire général, le Dr Jean Ardouin Louis Charles, a dénoncé l’incapacité du gouvernement à apporter des réponses concrètes aux difficultés auxquelles le pays est confronté. Selon lui, le Premier ministre ne disposerait ni des qualités ni des compétences nécessaires pour sortir Haïti de l’impasse.
Le responsable politique a également appelé l’État à reprendre le contrôle des territoires occupés par les groupes armés. Cette revendication intervient alors que l’insécurité continue de bouleverser le quotidien de nombreux Haïtiens et de fragiliser le fonctionnement des institutions publiques.
Par ailleurs, Jean Ardouin Louis Charles a accusé le Premier ministre de vouloir, selon ses termes, vider les caisses de l’État, alors que la population fait face à une misère persistante. Cette déclaration traduit les préoccupations exprimées par PICA concernant la gestion des ressources publiques, dans un contexte marqué par l’ampleur des besoins sociaux et sécuritaires.
Malgré leurs appartenances différentes, la Plateforme interreligieuse pour la paix et PICA se rejoignent sur plusieurs points : la nécessité d’un changement dans la conduite des affaires publiques, le rétablissement de la sécurité et la recherche d’une nouvelle formule de gouvernance. Toutefois, si les deux structures réclament un exécutif bicéphale, les modalités de sa mise en place et les conditions de son fonctionnement restent à préciser. Leurs prises de position illustrent ainsi les désaccords persistants autour de la transition et la pression exercée sur les autorités pour qu’elles apportent des réponses à la crise multidimensionnelle que traverse Haïti.
Écrit par Junior PIERRE
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
