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Un immeuble familial loué à l’État pour 96 000 USD par an, sous l’influence de Jerry Tardieu, qui veut maintenant devenir président de la République

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Sécurité, création d’emplois, relance de la production nationale et mobilisation de la diaspora : Jerry Tardieu présente un programme ambitieux pour Haïti. Mais alors que l’ancien député de Pétion-Ville entend briguer la présidence sous la bannière d’En Avant pour Haïti, les questions soulevées par notre rédaction en 2023 sur la location d’un immeuble appartenant à ses parents au ministère de l’Éducation nationale remettent au centre du débat la transparence dans la gestion des affaires publiques et la responsabilité des candidats.

Jerry Tardieu veut faire du rétablissement de la sécurité et de la relance économique les principaux axes de son éventuel mandat présidentiel. Le mercredi 21 octobre 2026, l’ancien député de Pétion-Ville a présenté les grandes orientations de sa candidature sous la bannière du regroupement politique En Avant pour Haïti. Il promet notamment de renforcer la PNH et les Forces armées d’Haïti, de créer une garde nationale composée de jeunes, de s’attaquer au financement des gangs et de rétablir la libre circulation sur le territoire national.

Sur le plan économique, le candidat mise sur l’investissement, l’accès au crédit, la production nationale et la création d’emplois. Il entend privilégier l’agriculture, le tourisme, les infrastructures et les nouvelles technologies, tout en promettant de soutenir les petites et moyennes entreprises et de mobiliser davantage la diaspora. Des promesses mirifiques, diront plus d’un, dans un pays où l’insécurité et la dégradation des conditions de vie continuent de mettre à mal les perspectives de redressement. Mais au-delà des annonces, quels moyens compte-t-il mobiliser et quelles garanties propose-t-il pour assurer la transparence dans la gestion des ressources publiques ?

Photo de l’ancien député Jerry Tardieu.

L’affaire de la location immobilière revient dans le débat

Ces questions de transparence prennent une résonance particulière au regard d’un dossier publié par notre le 27 novembre 2023. Dans un article consacré à une note du parti En Avant signée par Jerry Tardieu, le nous avions rapporté que l’ancien député avait confirmé la location au ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) d’un immeuble appartenant à ses parents, tout en contestant avoir utilisé ses fonctions parlementaires pour obtenir le contrat.

En effet, le loyer a été fixé à 96 000 dollars américains par an. Ainsi, un montant de 480 000 dollars pour la période allant de juillet 2016 au 6 août 2022 est cumulé. Satellite509 s’interrogeait sur les conditions dans lesquelles le ministère avait choisi de louer les biens concernés et sur l’absence de certains éléments dans le rapport de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), selon les informations dont il disposait.

Dans cette publication, nous avions appelé l’ULCC à examiner les éléments rapportés et à transmettre le dossier aux autorités judiciaires afin que les faits puissent être éclaircis.

L’existence de cette controverse soulève néanmoins une question légitime dans le contexte d’une candidature présidentielle : quelles explications Jerry Tardieu peut-il apporter sur les conditions de cette location et sur les interrogations formulées à l’époque ?

Des questions auxquelles une candidature présidentielle doit répondre

En 2023, Satellite509 avait également publié un article présentant des accusations selon lesquelles Jerry Tardieu aurait utilisé son statut de parlementaire pour faciliter la conclusion du contrat de location d’un immeuble appartenant à son père, Gérard Tardieu. Nous avions évoqué un mandat donné à Jean Robert Argant pour effectuer les démarches liées au contrat avec le MENFP.

Le candidat entend-il rendre publiques les informations disponibles sur cette affaire ? Le contrat a-t-il fait l’objet d’un examen complet par les institutions compétentes ? L’ULCC formulera-t-elle en effet des conclusions précises sur les éléments rapportés par notre rédaction ? Une procédure judiciaire sera-t-elle engagée ou clôturée ? Ces questions méritent des réponses documentées plutôt que des spéculations.

Peut-on promettre une nouvelle gouvernance sans éclaircir les controverses du passé ?

Jerry Tardieu met également en avant la place des femmes au sein de son regroupement politique, dirigé par une femme, ainsi que la nécessité de renforcer la participation de la diaspora à la vie nationale. Il affirme vouloir créer les conditions d’un redressement durable du pays, dans un contexte marqué par la violence des groupes armés, la précarité économique et l’affaiblissement des institutions.

Mais la crédibilité d’un projet présidentiel ne dépend pas uniquement de la pertinence des objectifs annoncés. Elle repose aussi sur la capacité du candidat à expliquer son parcours, à répondre aux controverses documentées et à préciser les garanties qu’il entend instaurer contre les abus de pouvoir.

Les électeurs haïtiens ont déjà entendu de nombreux engagements en faveur de la lutte contre la corruption, de la sécurité et de la création d’emplois. Ils sont en droit de demander davantage que des promesses : des propositions chiffrées, des mécanismes de contrôle vérifiables et des réponses aux questions qui concernent l’exercice antérieur de responsabilités publiques.

À l’heure où Jerry Tardieu promet de redresser Haïti, la question demeure : comment convaincre les citoyens de la nécessité d’une nouvelle gouvernance sans apporter de clarifications sur les controverses liées à son propre parcours ? La réponse du candidat, étayée par des documents et des faits vérifiables, permettrait aux électeurs d’apprécier son projet au-delà des discours de campagne.

Écrit par Junior PIERRE et Djovany Michel

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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